Le 79e Festival de Cannes, qui se tiendra du 12 au 23 mai 2026, continue de dévoiler les personnalités qui marqueront cette nouvelle édition. Après l’annonce des différentes sections parallèles, des sélections officielles et des jurys, le festival a révélé que l’actrice, réalisatrice et scénariste québécoise, d’origine tunisienne, Monia Chokri présidera le Jury de la Caméra d’or. Elle succède ainsi à Alice Rohrwacher, qui occupait cette fonction l’an dernier.
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Une distinction dédiée aux premiers films
Attribuée lors de la cérémonie de clôture du samedi 23 mai, la Caméra d’or récompense chaque année un premier long métrage présenté dans l’une des sections éligibles du festival : la Sélection officielle, la Semaine de la Critique ou encore la Quinzaine des cinéastes. Cette distinction occupe une place particulière dans l’écosystème cannois puisqu’elle met en lumière les nouvelles voix du cinéma mondial, souvent appelées à jouer ensuite un rôle important dans les grands festivals internationaux.
Dans une déclaration publiée par le Festival de Cannes, Monia Chokri a évoqué ce que représente, selon elle, un premier film : « Un premier film est un vertige, un instant décisif où l’âme cherche sa forme en images. C’est une seconde naissance, celle de l’artiste qui s’éveille en soi. Geste de vérité, il expose notre fragilité. Et plus elle s’offre au monde, plus l’œuvre gagne en force. C’est la liberté rare d’être pleinement soi. »
Monia Chokri, une cinéaste entre liberté et modernité
Le choix de Monia Chokri apparaît cohérent avec le parcours qu’elle a construit ces dernières années, aussi bien comme comédienne que comme cinéaste. Le Festival de Cannes insiste d’ailleurs sur cette idée de liberté qui traverse son travail, une liberté qui s’accompagne souvent d’un goût assumé pour l’extravagance et les ruptures de ton. Xavier Dolan évoque chez elle « une intransigeance envers la médiocrité », une formule qui résume bien une filmographie où les personnages, souvent imparfaits, interrogent les rapports sociaux, affectifs et intimes avec une frontalité rarement édulcorée.
Le cinéma de Monia Chokri s’est imposé à travers une approche très contemporaine de sujets universels. Ses films naviguent entre plusieurs registres, mêlant le sentimental, le comique, le malaise ou encore la sensualité. Son univers, profondément ancré dans la modernité, se distingue également par une esthétique pop, des dialogues très rythmés, une bande-son particulièrement travaillée et un montage nerveux.
De La Femme de mon frère à Simple comme Sylvain
Avant de réaliser des longs métrages, Monia Chokri passe derrière la caméra en 2013 avec le court métrage Quelqu’un d’extraordinaire (2013), porté notamment par Anne Dorval. Cette première réalisation, à la fois désabusée et drôle, remporte plusieurs récompenses internationales.
Elle confirme ensuite cette trajectoire avec La Femme de mon frère (2019), présenté à Un Certain Regard au Festival de Cannes et récompensé par le Prix Coup de cœur du Jury. Le film explore à la fois les relations familiales et les injonctions pesant sur les femmes. Trois ans plus tard, elle réalise Babysitter (2022), satire autour de la domination masculine et de la misogynie contemporaine.
Mais c’est surtout Simple comme Sylvain (2023) qui installe définitivement Monia Chokri parmi les réalisatrices importantes de sa génération. Présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2023, le film reçoit ensuite le César du meilleur film étranger en 2024. À travers cette romance construite autour d’un décalage social et culturel entre ses deux personnages principaux, la réalisatrice propose une réflexion sur le couple, le désir et les rapports de classe.
Le film oppose ainsi une femme issue d’un milieu intellectuel aisé à un homme provenant d’un univers plus modeste, moins codifié culturellement. Sans tomber dans le cynisme, Monia Chokri observe ces différences sociales avec précision mais aussi avec une certaine bienveillance. Le Festival de Cannes rappelle également que la présentation du film sur la scène de la salle Debussy avait particulièrement marqué les esprits.
Une actrice incontournable du cinéma francophone
Si sa reconnaissance comme réalisatrice s’est considérablement affirmée ces dernières années, Monia Chokri reste également une actrice importante du cinéma francophone. Elle a notamment joué dans Les Amours imaginaires (2010) et Laurence Anyways (2012) de Xavier Dolan. Le Festival mentionne également sa présence dans Love Me Tender (2025) d’Anna Cazenave Cambet, présenté à Un Certain Regard.
Son actualité cannoise ne s’arrêtera d’ailleurs pas à la présidence de la Caméra d’or. Cette année, elle retrouvera aussi les écrans du Palais des Festivals comme actrice dans Si tu penses bien, le nouveau film d’Géraldine Nakache, programmé dans la section Cannes Première.
Le jury de la Caméra d’or 2026
Pour cette 79e édition, Monia Chokri sera entourée de quatre jurés issus des associations composant traditionnellement le jury de la Caméra d’or. Le directeur de la photographie Michel Benjamin représentera l’AFC, le critique Cédric Coppola siègera pour le Syndicat Français de la Critique de Cinéma, tandis que la réalisatrice et scénariste Marine Francen représentera la SRF. Enfin, Christophe Massie siègera au nom de la FICAM.
À travers la Caméra d’or, Cannes ne célèbre pas seulement des films : le festival tente aussi d’identifier les cinéastes qui construiront le cinéma des prochaines décennies. Reste désormais à savoir quels premiers films parviendront à émerger cette année dans une édition qui s’annonce particulièrement dense pour les jeunes réalisateurs.
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