À quelques jours de l’ouverture du 79ᵉ Festival de Cannes, qui se tiendra du 12 au 23 mai 2026, le Marché du Film s’apprête à redevenir l’un des principaux espaces où se joue la présence internationale des cinémas nationaux. Loin des projections et du tapis rouge, c’est ici que se nouent les relations, que se discutent les projets et que se construit la visibilité des films à venir. Dans cet environnement, le retour du Pavillon égyptien pour une deuxième année consécutive marque une étape et, surtout, une évolution.
Installé sur le Pantiero, face au vieux port, le Pavillon avait fait une entrée remarquée en 2025, récompensée par le Prix du meilleur design. En 2026, cette présence s’inscrit dans la durée et confirme son ancrage. Cette évolution apparaît d’abord dans l’élargissement des partenaires, puis dans la manière dont le Pavillon est conçu : un espace où se donnent à voir plusieurs dimensions du cinéma égyptien.
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Un Pavillon qui montre une organisation du cinéma
Le Pavillon égyptien repose sur trois partenaires fondateurs — le Festival international du film du Caire, l’Egypt Film Commission et le Festival du film d’El Gouna — auxquels viennent s’ajouter en 2026 de nouveaux acteurs issus du secteur privé. Cette composition dépasse une association d’institutions et d’entreprises et traduit une structuration.
Ce qui est présenté à Cannes dépasse une sélection de films ou une vitrine nationale. Une organisation du cinéma égyptien se dessine à travers la présence conjointe de ces acteurs. Le Festival international du film du Caire, l’Egypt Film Commission et El Gouna interviennent sur des registres différents, et leur coexistence donne à voir un système.
Le Festival international du film du Caire, fondé en 1976 et reconnu parmi les quinze festivals compétitifs accrédités par la Fédération internationale des associations de producteurs de films, apporte une inscription dans le temps long du cinéma. Il incarne une capacité de programmation, une relation avec les œuvres et une place dans les réseaux internationaux de festivals. Sous la présidence de Hussein Fahmy, cette dimension s’accompagne d’une attention constante portée au patrimoine, avec la présentation régulière de films restaurés, notamment dans la section « Cairo Classics ». Cette démarche s’inscrit dans une logique de circulation des œuvres, de leur visibilité et de leur réinscription dans le présent. Au Pavillon, cette réflexion se prolonge dans un autre espace, celui du marché.
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Du film à son tournage : l’Égypte comme territoire
À côté de cette dimension liée aux œuvres, l’Egypt Film Commission introduit une autre lecture du cinéma, plus directe, plus opérationnelle. Sa présence au Pavillon oriente le regard vers les conditions de fabrication des films.
Autorité en charge des tournages internationaux, elle encadre les productions à toutes les étapes, de l’approbation des scénarios à la délivrance des autorisations, en passant par la coordination avec les autorités et le dédouanement des équipements. Le mécanisme de remboursement pouvant atteindre 30 % pour les productions tournées dans la cité de production médiatique égyptienne s’inscrit dans cette logique.
Au-delà de ces dispositifs, une idée plus large s’affirme : l’Égypte apparaît comme un pays de cinéma et comme un lieu où ce cinéma se produit. Les paysages, les décors, les villes — autant d’éléments souvent visibles à l’écran — deviennent au Marché du Film des arguments adressés directement aux producteurs. Le Pavillon opère ainsi un basculement, de l’image vers sa fabrication.
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Entre public et privé : un espace de circulation
Le Festival du film d’El Gouna introduit un troisième niveau, celui des réseaux et des acteurs privés. Porté par des hommes d’affaires, il s’inscrit dans une logique liée aux dynamiques économiques et relationnelles du cinéma. Il travaille à la mise en relation, à la circulation des projets, à la connexion entre producteurs, investisseurs et diffuseurs.
Sa présence dans le Pavillon traduit un déplacement : celui d’un cinéma qui se construit à la fois dans des cadres institutionnels et dans des réseaux économiques. Cannes, et plus précisément le Marché du Film, devient le lieu où ces logiques se rencontrent et s’articulent.
L’élargissement : du symbole à l’outil
C’est dans cette perspective que l’arrivée de nouveaux partenaires — la fondation Drosos, Film Clinic, Film Square, Focus Film Rentals et Red Star Films — prend tout son sens. Elle traduit une transformation du Pavillon lui-même.
La première année avait installé le Pavillon dans le paysage du Marché. La deuxième élargit son rôle en y associant davantage d’acteurs de l’industrie. Le Pavillon devient un espace où les acteurs de la production, du financement et de la logistique sont directement présents, où les échanges peuvent se traduire en projets.
Dans ce dispositif, la présence de Film Clinic et de Mohamed Hefzy prend une signification particulière. Producteur inscrit dans la liste Variety 500, il a également présidé le Festival international du film du Caire pendant quatre ans, contribuant à sa structuration et à son positionnement. Cette double expérience, à la fois dans la production et dans un festival international, éclaire la place de Film Clinic au sein du Pavillon et donne un exemple concret de l’articulation entre les différents niveaux du cinéma réunis au Pavillon.
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Un programme qui prolonge les axes du Pavillon
Le programme déployé pendant les dix jours du Marché du Film reflète cette évolution. Panels, tables rondes, événements de réseautage et réceptions s’organisent comme les volets d’un même dispositif. Les thématiques abordées — l’Égypte comme destination de tournage, le financement et la coproduction, la distribution et la circulation internationale des films arabes, l’état de la critique cinématographique, la restauration du patrimoine et la mise en lumière d’une nouvelle génération de cinéastes — reprennent et prolongent les axes portés par les partenaires du Pavillon. Elles relient réflexion, production et diffusion dans un cadre commun.
Le design comme identité durable
La conception du Pavillon, à nouveau confiée à la directrice artistique égyptienne Shereen Farghal, participe également à cette construction. Récompensé en 2025 par le Prix du meilleur design du Marché du Film, son travail donne au Pavillon une identité visuelle immédiatement identifiable. Ce choix s’inscrit dans la continuité et renforce la lisibilité du Pavillon dans un environnement où les espaces nationaux se multiplient. L’aspect visuel accompagne ainsi la stratégie d’installation dans le temps et contribue à l’attractivité du lieu auprès des professionnels.
Ce que révèle le Pavillon égyptien
Ainsi, le Pavillon égyptien s’inscrit à Cannes comme un espace où se rend visible une organisation du cinéma qui, en dehors du Marché du Film, fonctionne de manière fragmentée. En réunissant programmation, production et réseaux professionnels, il permet d’observer leur interaction directe dans un contexte spécifique.
Ce rapprochement transforme la nature des échanges. Les discussions intègrent la fabrication des films, leur financement et leur diffusion dès les premières étapes. Le Pavillon devient un point d’entrée dans un processus en cours, où les projets évoluent au contact de leurs interlocuteurs.
Cette configuration modifie la manière dont un pays se présente au Marché du Film. L’enjeu porte sur la capacité à exposer un cadre de travail, des outils et des conditions de production. Le Pavillon donne ainsi accès à un environnement structuré.
Dans cette perspective, l’évolution entre la première et la deuxième année prend une signification précise. L’installation dans le temps permet d’inscrire cet espace dans les pratiques du marché, avec des professionnels qui peuvent s’y repérer et y inscrire leurs démarches.
Ce déplacement éclaire une transformation plus large du rôle des pavillons nationaux. Ils apparaissent comme des structures capables de relier des acteurs et d’accompagner les projets dans leur développement.
Le Pavillon égyptien s’inscrit dans cette dynamique en rendant visibles les conditions qui entourent les films : leur inscription dans une histoire, leur ancrage dans un territoire et leur circulation dans des réseaux professionnels. La question porte désormais sur la capacité de cette structuration à produire des trajectoires concrètes pour les œuvres et les projets dans les circuits internationaux.
Cette évolution dépasse le seul cas égyptien et renvoie plus largement à la place des cinématographies nationales au sein du Marché du Film. Elle conduit à s’interroger sur les stratégies mises en place par d’autres pays pour accompagner leurs films, structurer leurs industries et inscrire leur présence dans la durée. Dans ce contexte, la question du Pavillon tunisien se pose avec acuité : quelle place occupe-t-il dans cet espace, et selon quelles modalités s’inscrit-il dans les dynamiques du Marché du Film ?
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