Le 17 mai 2026, dans le cadre du 79e Festival de Cannes (12–23 mai), la cérémonie Women In Motion organisée par Kering mettra à l’honneur deux parcours distincts : celui de l’actrice Julianne Moore, qui recevra le Prix Women In Motion, et celui de la réalisatrice Margherita Spampinato, lauréate du Prix Talent Émergent.
Julianne Moore, un parcours distingué par Women In Motion
Créé en 2015, le Prix Women In Motion distingue des personnalités dont la trajectoire artistique et l’engagement participent à faire évoluer la place des femmes dans le cinéma et dans la société. Julianne Moore, qui succède à Nicole Kidman, y est récompensée pour un parcours marqué par la cohérence de ses choix, la complexité des personnages qu’elle incarne et une attention constante portée à la représentation.
Lauréate d’un Oscar, d’un Emmy Award, d’un Golden Globe et d’un BAFTA, elle s’est imposée comme l’une des actrices les plus accomplies de sa génération. Sa filmographie, qui comprend notamment Still Alice (2014), Far From Heaven (2002), The Hours (2002), The Kids Are All Right (2010) et Boogie Nights (1997), témoigne d’un travail constant sur des figures féminines nuancées, souvent traversées par des contradictions et des tensions internes.
Une relation régulière avec le Festival de Cannes
Le Festival de Cannes jalonne également son parcours. Elle y a obtenu le Prix d’interprétation féminine pour Maps to the Stars (2014) de David Cronenberg. Elle a également été présente sur la Croisette avec Blindness (2008) de Fernando Meirelles, présenté en ouverture, ainsi qu’avec May December (2023) de Todd Haynes, sélectionné en compétition et qui lui a valu une nomination aux Golden Globes.
Ses projets récents prolongent cette trajectoire, avec Echo Valley (2025) pour Apple TV, The Room Next Door (2024) de Pedro Almodóvar, la mini-série Sirens (2025) pour Netflix ainsi que la série historique Mary & George (2024). Elle est également attendue dans une comédie musicale portée par Jesse Eisenberg et produite par A24.
Un engagement artistique et sociétal reconnu
En parallèle de sa carrière à l’écran, Julianne Moore est engagée dans des causes sociétales, notamment en tant que présidente fondatrice du Creative Council d’Everytown for Gun Safety, organisation engagée contre la violence par arme à feu aux États-Unis. Elle est également l’auteure de la série de livres jeunesse Freckleface Strawberry, classée parmi les meilleures ventes du New York Times. Avec plus de 70 films à son actif, elle poursuit une trajectoire marquée par une exigence constante.
Des prises de position saluées par Kering et le Festival
François-Henri Pinault, président-directeur général du groupe Kering, souligne une trajectoire qui dépasse le seul cadre des performances d’actrice. Il met en avant la cohérence des choix artistiques de Julianne Moore, la profondeur qu’elle apporte à ses rôles et un engagement ancien en faveur d’une représentation plus juste et plus inclusive. Il insiste également sur le fait que cette combinaison entre exigence artistique et positionnement personnel correspond pleinement à l’esprit du programme Women In Motion depuis sa création.
Julianne Moore évoque pour sa part l’importance de la visibilité dans l’évolution des représentations. Elle souligne que les récits portés à l’écran jouent un rôle déterminant dans l’élargissement des espaces accordés aux femmes et à la diversité, et insiste sur la nécessité de soutenir les nouvelles générations de créatrices et de créateurs. Elle inscrit ainsi cette distinction dans une réflexion collective sur la manière dont le cinéma peut accompagner un changement plus large.
Iris Knobloch, présidente du Festival de Cannes, met l’accent sur une carrière construite en dehors de toute recherche de facilité. Elle rappelle que Julianne Moore a choisi, depuis plusieurs décennies, des personnages qui déstabilisent, qui échappent aux attentes et qui refusent les formes de séduction immédiate. Selon elle, cette approche a permis d’ouvrir un espace inédit à l’écran et constitue un héritage durable pour les actrices qui lui succèdent.
Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, insiste de son côté sur la rigueur d’une filmographie construite avec patience, en collaboration avec des réalisateurs majeurs. Il met en avant la précision émotionnelle de ses interprétations, son sens de la nuance et sa capacité à incarner des personnages féminins dans toute leur complexité, contribuant ainsi à marquer durablement l’histoire du cinéma contemporain.
Margherita Spampinato, lauréate du Prix Talent Émergent 2026
Le Prix Talent Émergent 2026 est attribué à Margherita Spampinato, réalisatrice italienne, pour son premier long métrage Gioia Mia. Doté de cinquante mille euros, il vise à accompagner le développement de son deuxième projet. Le film suit un jeune garçon confronté à l’amour, à la mémoire et à des zones d’ombre lors d’un séjour dans une ville côtière de Sicile, en abordant la transmission et les récits enfouis.
Choisie par Marianna Brennand, lauréate en 2025, Margherita Spampinato est décrite comme une cinéaste attentive aux gestes du quotidien et aux relations humaines. Son film développe une relation entre un enfant et sa grand-tante, à travers un récit mêlant chagrin, attachement et tensions plus profondes liées à un environnement marqué par des rapports de domination silencieux.
Née à Palerme et ayant grandi à Rome, Margherita Spampinato est diplômée en littérature de l’Université La Sapienza. Après des débuts comme scripte puis dans le casting, elle réalise deux courts métrages, Tommasina et Segreti, primés dans plusieurs festivals. Gioia Mia a été présenté en première mondiale au Festival du film de Locarno, où il a remporté deux Pardi dans la section Cineasti del Presente, avant de recevoir plus de vingt distinctions dans des festivals italiens et internationaux.
À travers cette double distinction, Women In Motion met en regard une carrière confirmée et une première œuvre, tout en posant une question qui dépasse le cadre de la cérémonie : comment ces reconnaissances, attribuées en marge de la compétition officielle, participent-elles à influencer durablement la place des femmes dans les circuits de production, de diffusion et de consécration du cinéma international ?
Cette question trouve également un écho à l’échelle de certaines cinématographies encore peu représentées dans ce programme.
Une présence tunisienne encore limitée dans le dispositif
En 2016, la réalisatrice tunisienne Leyla Bouzid avait reçu le prix jeune talent Women In Motion pour À peine j’ouvre les yeux (2015), inscrivant à ce jour l’unique présence tunisienne dans ce dispositif.
Dans le même temps, des parcours comme celui de Kaouther Ben Hania, dont le travail a été reconnu à l’échelle internationale à travers plusieurs nominations aux Oscars, aux Golden Globes et aux BAFTA, ou encore celui de Hend Sabry, régulièrement distinguée sur la scène internationale, témoignent du niveau atteint par les talents tunisiens dans le cinéma mondial.
Dans ce contexte, il reste à espérer que des initiatives comme Women In Motion accompagneront davantage ces trajectoires et permettront, dans les années à venir, de voir ces parcours pleinement reconnus dans ce cadre.