Ramasser des déchets plastiques au lieu de purger une peine classique : l’expérience menée à Djerba illustre une nouvelle approche de la sanction judiciaire, fondée sur la responsabilisation et la réinsertion. Une initiative qui soulève une question centrale : pourquoi ne pas généraliser davantage les peines alternatives en Tunisie ?
Sous la supervision du juge d’application des peines par intérim près le tribunal de première instance de Djerba et avec le suivi du ministère public, une campagne de terrain a été organisée avec la participation de plusieurs personnes bénéficiant de peines alternatives.
Encadrés par des accompagnateurs judiciaires, les participants ont pris part à une opération de collecte des déchets et des matières plastiques autour de la mosquée Sidi Zaïed ainsi que sur le littoral reliant la zone au fort Borj Ghazi Mustapha, à Houmt Souk.
Selon le Bureau d’accompagnement de Médenine, cette initiative vise à soutenir les efforts de préservation de l’environnement, à réduire la pollution plastique et à protéger le milieu marin. Elle s’inscrit également dans l’objectif principal des peines alternatives : favoriser la réintégration sociale des condamnés et développer leur sens de la responsabilité.
Une peine qui profite à la société
Les peines alternatives reposent sur un principe différent de la sanction traditionnelle : au lieu d’isoler systématiquement le condamné, elles cherchent à l’impliquer dans une démarche de réparation et de réhabilitation.
Les travaux d’intérêt général permettent ainsi au condamné de contribuer à une action utile pour la collectivité tout en prenant conscience des conséquences de son comportement. Cette approche est déjà développée dans plusieurs systèmes judiciaires à travers le monde, notamment pour certains délits ne nécessitant pas forcément une peine d’emprisonnement.
Dans le cas de Djerba, le choix d’une action environnementale apparaît particulièrement symbolique dans une région où la protection du littoral et la lutte contre les déchets plastiques constituent des enjeux majeurs.
Pourquoi ne pas étendre cette expérience à toute la Tunisie ?
L’expérience de Djerba pose une interrogation : pourquoi ce type d’actions reste-t-il encore limité alors qu’il pourrait répondre à plusieurs défis actuels ?
La Tunisie fait face à une pression importante sur son système carcéral, avec la question de la surpopulation des prisons et du coût social et économique de l’incarcération. Pour certaines infractions, les peines alternatives pourraient constituer une solution permettant d’éviter l’emprisonnement tout en maintenant une réponse judiciaire.
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Une généralisation des travaux d’intérêt général pourrait également créer un nouveau lien entre justice et citoyenneté. Les condamnés pourraient participer à des projets locaux : entretien des espaces publics, actions environnementales, soutien à des structures sociales ou missions au bénéfice des collectivités.
Au-delà de la sanction, l’objectif serait de transformer une condamnation en contribution concrète à la société.
Une généralisation qui doit rester encadrée
Toutefois, l’élargissement des peines alternatives nécessite des garanties. Elles ne peuvent pas être appliquées indistinctement à toutes les situations. La nature de l’infraction, le profil du condamné, le suivi judiciaire et l’accompagnement social restent des éléments essentiels.
Sans un encadrement solide, ces mesures risqueraient de perdre leur dimension éducative et de devenir de simples obligations administratives.