La hausse des importations d’huile d’olive tunisienne sous le régime du perfectionnement actif suscite une nouvelle contestation en Espagne. Des responsables politiques et des organisations agricoles espagnoles demandent à Madrid d’intervenir à Bruxelles pour limiter, voire suspendre, ce mécanisme douanier, qu’ils accusent de peser sur le marché local.
Un régime douanier au cœur de la polémique
Le débat ne porte pas sur une interdiction générale de l’huile d’olive tunisienne en Espagne, mais sur l’utilisation croissante du perfectionnement actif. Ce régime permet à une entreprise européenne d’importer certaines marchandises, notamment de l’huile d’olive destinée à être transformée, sans acquitter immédiatement les droits de douane, à condition que les produits obtenus soient ensuite réexportés hors de l’Union européenne.
Selon les données citées par la presse espagnole, 76,3% de l’huile d’olive tunisienne importée en Espagne entre janvier et avril 2026 l’ont été sous ce régime, contre 61,6% sur l’ensemble de l’année 2025.
Cette progression inquiète notamment le secteur oléicole andalou. Des organisations agricoles et des responsables régionaux estiment que l’augmentation des volumes entrant dans ce circuit contribue à accroître l’offre disponible et exerce une pression sur les prix payés aux producteurs espagnols.
Madrid relativise l’impact tunisien
Le gouvernement espagnol ne partage toutefois pas directement cette lecture. Le ministre de l’Agriculture, Luis Planas, a appelé à la « tranquillité » le 14 septembre, estimant que les importations tunisiennes ne déterminent pas directement les prix pratiqués sur le marché espagnol.
Les chiffres avancés par son ministère permettent de mesurer les volumes concernés. Depuis le début de la campagne oléicole jusqu’en juin, 83.187 tonnes d’huile d’olive tunisienne auraient été importées en Espagne. Ce volume représente 5,2% des quelque 1,6 million de tonnes correspondant aux ressources disponibles sur le marché espagnol.
Ces données ne permettent donc pas, à elles seules, d’établir un lien direct entre les importations tunisiennes et l’évolution des prix. C’est précisément sur cette relation de cause à effet que les positions espagnoles divergent.
Une demande désormais portée à Bruxelles
La contestation ne faiblit pas pour autant. Le 20 septembre, Toni Valero, coordinateur d’Izquierda Unida en Andalousie, a demandé au gouvernement espagnol de défendre auprès de Bruxelles une suspension totale ou partielle du perfectionnement actif lorsqu’il estime que son utilisation provoque une « distorsion du marché ».
La demande vise ainsi moins l’huile tunisienne en tant que telle que le cadre douanier permettant son entrée dans l’Union européenne pour transformation et réexportation.
Toute éventuelle modification ou suspension de ce régime relèverait toutefois du niveau européen. À ce stade, il s’agit donc d’une pression politique et agricole espagnole, et non d’une décision européenne visant les importations tunisiennes.
Pour la Tunisie, l’enjeu est significatif : l’Espagne constitue l’un des principaux marchés européens pour son huile d’olive, tandis que le perfectionnement actif permet aux opérateurs européens d’intégrer cette matière première dans des chaînes de transformation destinées notamment à l’exportation.
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