Longue promenade à la Goulette ; plusieurs heures de marche et visite des lieux les plus emblématiques de la ville tournée vers son port, ses nombreux restaurants et sa convivialité toujours retrouvée.
J’ai cherché mon inspiration du jour en pensant à notre regretté Max Taieb, toujours d’aplomb lorsqu’il s’agit d’une discussion sur des thèmes goulettois. Il fut une véritable encyclopédie de la Goulette et un amoureux fou de sa ville.
De son vivant, je retrouvais Max sur la terrasse de la Victoire et nous tissions une conversation à laquelle se joignait parfois Fathi Razgallah dont la mémoire reste vive.
Après une ronde autour de la Karraka et ses bastions puis un arrêt devant la zaouia de Sidi Chérif, je vais jusqu’à la porte monumentale de l’Arsenal et admire quelques instants la statue de Bourguiba, un mouchoir à la main, debout à la proue du bateau qui le ramenait à Tunis, le 1er juin 1955.
Juste quelques pas et je me retrouve dans le quartier de la Petite Sicile, désormais un village gentrifié où les immeubles neufs jouxtent les bâtisses en ruines et les terrains vagues en attente de promoteurs immobiliers. Quelques édifices sont d’une beauté saisissante malgré les balafres du temps et je ne me lasse pas d’observer la patine qui les érode doucement et leurs habitants qui ont hérité de l’identité sicilienne du quartier.
Patiemment, je suis les contours de ce qui reste du mur d’enceinte. Les fragments sont nombreux mais invisibles, ignorés. Ils s’effritent chaque jour davantage mais témoignent du passé oublié de la ville ; oublié comme le canal qui serpentait entre la mer et le lac et les ponts qui l’enjambaient, oublié comme le quartier populaire d’El Bratel dont les oukalas font aujourd’hui la légende de la Goulette, oublié comme les blocs où se ressemblaient les pêcheurs à la ligne.
Peu après, j’arrive à l’église dont les portes sont fermées. Toutefois, les sœurs de mère Teresa sont là, donnant de leur temps aux enfants du quartier. Après un crochet par le presbytère, je retrouve Liliane qui m’ouvre la porte massive du sanctuaire. Quelques instants de recueillement, les yeux fixés sur la statue de Saint-Augustin et l’âme vagabondant entre Carthage et Hippone.
Je me dirige ensuite vers la synagogue pour y saluer mes amis qui ne vont pas tarder à accueillir le shabbat. Le rabbin Daniel porte une belle cravate et tous les présents sont sur leur trente-et-un. En attendant que le minyan soit rassemblé, une sérénité heureuse flotte sur Beit Mordekhai tandis que stèles et veilleuses ravivent la mémoire des ancêtres.
Le crépuscule. Je marche jusqu’au canal qui sépare la Goulette de Khereddine puis revient vers la rue Roosevelt en longeant la plage. J’atterris chez Naceur pour un brik et un lablabi aux pois chiches fondant. La rue des restaurants commence à s’animer alors que la nuit commence à s’installer.
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