Retour au centre-ville. J’effectue une longue transversale qui me mène jusqu’à la rue d’Angleterre, chez les bouquinistes, à la recherche d’un livre introuvable. Malheureusement, Faouzi Hedhili n’est pas à la Bouquinerie populaire. Tout est fermé, pas âme qui vive. Je me demande ce qu’il se passe car je n’ai aucune information. Les voisins n’en savent pas plus. Je repars bredouille vers la rue Sidi Bou Mendil et me rends compte que je suis en train de refaire le chemin des écoliers qui en compagnie de Guy Carollo me menait chez moi, à la rue des Silos, en passant par la rue Al Jazira.
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Mon camarade habitait rue El Mektar dans une fermette urbaine. Je traverse la rue Devoize, me retrouve rue des Limonadiers, parviens à la rue des Teinturiers dont je traverse le souk amorphe et débouche sur la rue Sidi Zahmoul. Les rues que j’ai arpentées sont d’une saleté repoussante : ce n’est qu’à la rue Tourbet El Bey qu’une propreté relative montre timidement le bout de son nez dans un quartier défiguré par la crasse.
Je me rends à l’impasse du Saint, au fond de laquelle habite Hamadi Bousselmi, l’ami des artistes et des livres. Il a baptisé place Hamadi Ladjimi son patio et à mon tour de nommer ses étagères pleines de livres ma bibliothèque nationale. Grâce à un coup de fil, j’ai pu me procurer le livre recherché dont il possède un exemplaire. Après un échange d’une heure où nous parlons de tout et de rien, je repars par un autre chemin : rue Tourbet El Bey, rue Sidi Kadhay Lahoueyej, rue Sidi Essourdou, Souk El Blat, rue Koutteb el ouzir puis El Khirba.
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Dans le quartier du Marché central, je passe par la rue de Suède, bifurque par la rue de la Valette et rejoins peu à peu l’avenue de France. Je continue à marcher : toute l’avenue Thameur puis l’avenue de la Liberté jusqu’à la Maison de la radio.
Le ciel est gris, comme s’il allait pleuvoir. Je suis plutôt las au sortir de deux jours d’écriture durant lesquels je me suis escrimé contre les moulins à vent habituels. Le coup de blues me tient tête mais finira par passer. Pour le moment, Tunis me déprime assez mais je résiste à la morosité. Bien sûr, écrire apporte un réconfort même si parfois, cela creuse davantage les chimères qui nous remuent. De toute façon, à chaque jour suffisent sa peine, les pages qu’on remplit et le poids des désillusions qui nous érodent.
Ces derniers jours, je cherche un refuge que je crois avoir trouvé ailleurs que dans les marches haletantes dans les rues de Tunis et ses banlieues. Comme souvent, ce sont les livres qui viennent à ma rescousse car j’y retrouve toujours des éclats de vie, de ferveur et d’espérance. J’attends donc de terminer ma journée pour me plonger dans la rêverie que suscite la lecture. Je ressens mon impatience qui monte et dans l’écoulement des heures qui me séparent encore du soir, je goûte déjà aux premières pages du livre qui dort dans mon sac, dont je me nourrirai tout à l’heure et qui à son tour se nourrira de son lecteur.
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