L’élection d’Abdul El-Sayed au Sénat américain, un an après celle de Zohran Mamdani à la mairie de New York, et la percée historique des partis arabes aux législatives israéliennes dessinent une évolution politique remarquable. Dans un contexte marqué par Donald Trump, Benjamin Netanyahu et la guerre à Gaza, des populations longtemps sous-représentées gagnent en influence, sans pour autant constituer un mouvement politique homogène.
À un an d’intervalle, deux personnalités musulmanes ont réalisé des percées historiques aux États-Unis. Le 4 novembre 2025, Zohran Mamdani devenait le premier musulman élu maire de New York. Exactement un an plus tard, Abdul El-Sayed remportait l’élection sénatoriale du Michigan, devenant le premier musulman à accéder au Sénat américain.
Ces deux victoires interviennent dans une Amérique profondément polarisée, sous la présidence de Donald Trump, dont les discours sur l’immigration, l’islam et les minorités ont contribué à durcir les clivages politiques.
Mais le phénomène ne se limite pas aux États-Unis. En Israël, les élections législatives du 27 octobre 2026 ont consacré une progression spectaculaire des partis arabes, désormais susceptibles de jouer un rôle décisif dans la formation du prochain gouvernement.
Deux victoires historiques aux États-Unis
À New York, Zohran Mamdani, élu à 34 ans, avait déjoué les pronostics en battant notamment l’ancien gouverneur Andrew Cuomo. Se revendiquant du socialisme démocratique, il avait construit sa campagne autour du coût de la vie, du logement et des transports publics.
Son identité musulmane, régulièrement utilisée contre lui par ses adversaires, n’avait pas empêché sa victoire dans la plus grande ville américaine.
Dans le Michigan, Abdul El-Sayed a suivi une trajectoire différente. Médecin de formation et ancien responsable de la santé publique de Detroit, il a remporté le scrutin du 3 novembre 2026 face au républicain Mike Rogers.
Sa victoire, confirmée par l’Associated Press, marque une première dans l’histoire du Sénat américain.
Les deux hommes partagent néanmoins plusieurs orientations : Une sensibilité progressiste, une attention particulière aux inégalités sociales et une position critique à l’égard de la politique israélienne dans les territoires palestiniens.
Leurs succès montrent également que des candidats musulmans peuvent mobiliser des coalitions électorales dépassant largement leur communauté religieuse.
En Israël, les partis arabes doublent presque leur représentation
L’évolution est tout aussi significative en Israël, mais elle prend une forme différente.
Lors des législatives du 27 octobre, les deux principales formations politiques arabes ont remporté ensemble 19 sièges sur les 120 que compte la Knesset, contre 10 dans le Parlement sortant.
La Liste commune, dirigée par Yousef Jabareen, obtient 11 sièges, tandis que Ra’am, formation conduite par Mansour Abbas, en remporte huit.
Cette progression intervient dans un contexte de forte mobilisation des électeurs arabes, sur fond de guerre à Gaza, de tensions communautaires et de préoccupations liées à la criminalité dans les localités arabes.
Elle ne concerne pas uniquement les musulmans : Les partis arabes représentent des citoyens israéliens de différentes confessions, notamment musulmans et chrétiens.
Netanyahu face à une nouvelle équation
Le résultat des législatives place Benjamin Netanyahu dans une situation délicate.
Son bloc dispose de 53 sièges, contre 48 pour les autres partis d’opposition non arabes. Aucun des deux camps n’atteint les 61 sièges nécessaires pour disposer d’une majorité parlementaire.
Avec leurs 19 élus, les partis arabes pourraient donc devenir déterminants.
Une alliance ou un soutien parlementaire entre les formations d’opposition et les partis arabes permettrait théoriquement de réunir 67 sièges.
Mais cette hypothèse se heurte à des divergences politiques importantes. Plusieurs partis israéliens demeurent opposés à une coalition reposant sur le soutien des formations arabes.
La progression électorale de ces dernières ne garantit donc ni leur entrée au gouvernement ni le départ de Netanyahu.
Une recomposition politique au-delà des identités
Ces trois évolutions ne relèvent pas d’une dynamique unique. Les musulmans américains constituent une minorité religieuse diverse, tandis que les citoyens arabes d’Israël forment une minorité nationale aux orientations politiques multiples.
Leurs revendications et leurs situations institutionnelles sont profondément différentes.
Un point commun se dégage néanmoins : La capacité croissante de groupes longtemps marginalisés à peser sur les rapports de force électoraux.
Aux États-Unis, Mamdani et El-Sayed démontrent qu’une identité musulmane n’empêche plus nécessairement l’accès à des responsabilités politiques majeures, même dans un climat de fortes tensions.
En Israël, les 19 sièges des partis arabes rappellent qu’une minorité longtemps tenue à l’écart des principales décisions gouvernementales peut devenir incontournable dans les négociations parlementaires.
Dans une période dominée par les politiques de Trump et de Netanyahu, ces résultats illustrent une réalité politique plus complexe que les seuls discours identitaires : Les électeurs peuvent aussi faire émerger de nouveaux équilibres à partir de préoccupations économiques, sociales et démocratiques.
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