Le versement des aides destinées aux familles nécessiteuses a connu des retards ces derniers jours, mais le ministère des Affaires sociales assure qu’aucun bénéficiaire inscrit sur les listes n’a été privé de son allocation. Derrière cette opération de vérification, l’Etat cherche surtout à revoir le ciblage des aides sociales afin qu’elles restent destinées aux personnes réellement incapables de subvenir à leurs besoins.
Lors d’une visite effectuée jeudi à Kairouan, le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, a expliqué que les perturbations observées étaient liées à une nouvelle opération de validation électronique des dossiers et à un contrôle des comptes financiers. Selon lui, ces procédures visent à garantir la régularité des versements et la fiabilité des données des bénéficiaires.
« Les aides sont destinées principalement à ceux qui sont incapables de gagner leur vie en raison de l’âge ou à ceux qui sont réellement incapables d’exercer une activité professionnelle », a indiqué le ministre, appelant à davantage de vérifications afin que ces dispositifs « ne deviennent pas une incitation au chômage ».
Une logique de ciblage plus strict
Le gouvernement semble vouloir renforcer la distinction entre assistance sociale et soutien temporaire aux personnes en difficulté. Le programme Amen Social, qui constitue le principal dispositif d’aide permanente aux familles démunies, prévoit des transferts financiers mensuels destinés aux personnes ou familles pauvres ou à faibles revenus. Les critères reposent notamment sur l’absence de revenus ou sur des ressources limitées, avec une étude administrative et sociale des dossiers.
Le ministère des Affaires sociales indique également que l’examen des demandes comprend une enquête documentaire, des vérifications sur le terrain et des croisements de données avant la décision finale d’attribution.
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Cette démarche intervient dans un contexte où les dépenses sociales représentent un enjeu important pour les finances publiques. Pour les autorités, l’objectif est d’éviter les situations où une allocation conçue comme un filet de protection devient une source de revenu permanente pour des personnes qui pourraient intégrer le marché du travail.
Entre protection sociale et risque de dépendance
La déclaration du ministre relance le débat sur l’équilibre entre deux objectifs : protéger les populations vulnérables et encourager l’activité économique.
Les associations de défense sociale rappellent régulièrement que les bénéficiaires des aides sont souvent confrontés à des difficultés structurelles : âge avancé, handicap, maladies chroniques, absence d’opportunités d’emploi ou précarité dans certaines régions. Le contrôle des listes doit donc éviter d’exclure des personnes qui restent réellement dans le besoin.
De son côté, l’administration cherche à mieux identifier les bénéficiaires qui ne relèvent pas d’une situation d’incapacité permanente, mais plutôt d’une situation de transition nécessitant un accompagnement vers l’emploi ou la création d’une source de revenus.
Vers une orientation vers l’autonomie économique ?
Cette approche rejoint les programmes d’« empowerment économique » destinés aux catégories défavorisées, qui visent à transformer certaines aides sociales en outils d’insertion économique à travers la création de sources de revenus.
L’enjeu pour l’Etat est donc de passer progressivement d’une logique uniquement basée sur le transfert financier à une politique combinant protection des plus fragiles et accompagnement vers l’autonomie lorsque cela est possible.
La révision des dossiers ne signifie pas une suppression générale des aides, assure le ministère, mais plutôt une volonté de vérifier que les allocations restent orientées vers leur objectif initial : soutenir ceux qui ne peuvent réellement pas travailler, tout en évitant qu’elles ne remplacent durablement l’accès à l’emploi.