Publié aux éditions Arabesques en 2026, Periculum Mortis – Menace existentielle contre l’humanité, le nouvel essai de Sami Kourda, s’impose comme un texte profondément marqué par le traumatisme de Gaza et par les bouleversements géopolitiques provoqués par la guerre déclenchée après le 7 octobre 2023.
Depuis Gaza, certains livres ne cherchent plus seulement à analyser. Ils veulent alerter, interpeller, accuser. Celui-ci appartient clairement à cette catégorie.
Dès les premières pages, Sami Kourda annonce la couleur. Il parle d’« un avant et un après Gaza », comparable, dans son esprit, au basculement historique provoqué par Hiroshima et Nagasaki. Pour lui, ce qui se joue en Palestine dépasse largement le seul cadre régional : il y voit une transformation brutale des rapports de force mondiaux, des discours occidentaux et des équilibres géopolitiques contemporains.
Un livre écrit depuis la colère de Gaza
Ancien militaire de carrière né à Tunis en 1952, Sami Kourda assume une écriture frontale, directe et sans compromis. Son texte ne cherche ni la neutralité académique ni les prudences diplomatiques habituelles. Il revendique au contraire une posture de dénonciation face à ce qu’il décrit comme une impunité devenue structurelle.
Le livre développe une lecture globale de la guerre contre Gaza et de ses répercussions politiques, médiatiques, idéologiques et civilisationnelles. Israël y est présenté comme le centre d’un système d’influence dépassant largement le Moyen-Orient et pesant sur les grandes décisions internationales.
L’auteur décrit également un monde arabe et musulman confronté à une phase historique décisive, où la question palestinienne redevient un marqueur central des rapports entre peuples, puissances et récits politiques.
Un manifeste plus qu’un essai classique
Le vocabulaire est souvent dur, parfois crépusculaire. L’ouvrage mêle géopolitique, religion, mémoire historique, critique médiatique et réflexion civilisationnelle. À plusieurs moments, le texte prend clairement la forme d’un pamphlet politique assumé.
Les titres des chapitres donnent le ton : Israël : quand l’hubris messianique s’alimente de la haine rituelle des Goyim, Les différentes formes de menaces et de pressions d’Israël, La résilience passive : cette illusion fatale, ou encore Quelles postures dynamiques face aux rituels des mensonges et aux menaces existentielles ?
Mais au-delà de ses formulations radicales, Periculum Mortis traduit aussi quelque chose de plus profond : le choc psychologique provoqué dans une grande partie du monde arabe par les images venues de Gaza depuis près de deux ans.
Gaza comme fracture historique
Le livre s’inscrit dans un contexte international où les accusations de crimes de guerre et de génocide contre Israël occupent désormais une place centrale dans le débat mondial. De nombreuses voix — juristes, intellectuels, philosophes, ONG et responsables internationaux — dénoncent l’ampleur des destructions, le coût humain de la guerre menée à Gaza et l’effondrement du langage diplomatique face à la tragédie palestinienne.
C’est dans cette atmosphère de rupture que Sami Kourda inscrit son ouvrage. Dès l’avant-propos, l’auteur évoque une « campagne méthodique d’extermination » et un monde entré dans un « avant et un après Gaza ».
L’ouvrage ne se présente donc pas comme une simple lecture géopolitique. Il prend la forme d’un cri d’alarme adressé aux peuples arabes, musulmans et occidentaux, appelés à sortir d’une forme de passivité face à Gaza, à l’impunité israélienne et aux relais internationaux qui la rendent possible.
Un auteur déjà engagé dans l’écriture politique
Né à Tunis en 1952, Sami Kourda est un ancien militaire de carrière. Après 2011, il se tourne vers l’écriture avec plusieurs ouvrages mêlant témoignage, fiction politique et réflexion sur le monde arabe et musulman, parmi lesquels Le complot Barraket Essahel, Chronique d’un calvaire, Le souffle de la bête immonde ou encore De nos mondes arabe et musulman, En quête d’un devenir entre ténèbres, lumières et défis.
Avec Periculum Mortis, publié aux éditions Arabesques, il livre sans doute son texte le plus frontal et le plus sombre, profondément marqué par Gaza et par ce qu’il perçoit comme une fracture morale mondiale.