La Société des transports de Tunis (TRANSTU) s’apprête à lancer une nouvelle campagne de recrutement. Au total, 580 agents seront recrutés à travers un concours externe sur dossiers, accompagné d’épreuves. Une opération qui intervient alors que la question des recrutements publics reste particulièrement sensible en Tunisie, entre maîtrise des dépenses de l’État, chômage des diplômés et nécessité de maintenir des services publics fonctionnels.
La TRANSTU prévoit notamment le recrutement de 336 conducteurs-receveurs de bus, 158 agents qualifiés, 18 agents techniques, 5 ingénieurs, 6 techniciens supérieurs, 37 agents de nettoyage et 20 agents de gardiennage.
Les inscriptions seront ouvertes exclusivement en ligne sur le site de la société du 12 août au 8 septembre 2026.
580 postes, mais surtout des besoins opérationnels
Au-delà du nombre de recrutements, leur répartition est révélatrice : la grande majorité des postes concerne directement l’exploitation du réseau. Les 336 postes de conducteurs-receveurs représentent à eux seuls plus de la moitié des recrutements annoncés.
Ce choix traduit une réalité propre aux entreprises de transport public : certaines fonctions ne peuvent pas être simplement supprimées ou remplacées par la numérisation. Il faut des conducteurs pour faire circuler les bus, des agents techniques pour assurer la maintenance et du personnel pour garantir la sécurité et la propreté des infrastructures.
La question n’est donc pas uniquement de savoir combien l’État et les entreprises publiques recrutent, mais aussi où elles recrutent et pour quels besoins.
La masse salariale, un poids considérable pour les finances publiques
Cette question doit toutefois être replacée dans le contexte plus large des finances publiques tunisiennes.
Selon les données du ministère des Finances, les rémunérations publiques ont atteint 23,276 milliards de dinars en 2025, contre 22,268 milliards en 2024. Pour 2026, les dépenses salariales de la fonction publique sont prévues à environ 25,267 milliards de dinars, soit une progression de 3,6 % par rapport à 2025.
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La masse salariale devrait ainsi représenter environ 13,4 % du PIB en 2026, contre 14,1 % prévus en 2025 et 13,9 % enregistrés en 2024.
Ces chiffres expliquent pourquoi chaque nouvelle campagne de recrutement est observée avec attention. Dans un contexte budgétaire contraint, l’enjeu consiste à éviter que les recrutements ne deviennent une simple augmentation mécanique des effectifs, tout en empêchant les départs à la retraite et les suppressions de postes de provoquer une dégradation des services.
Recruter moins, mais recruter là où c’est nécessaire ?
Le débat sur l’emploi public ne peut donc pas se limiter à l’opposition entre « recruter » et « ne pas recruter ».
L’État tunisien doit simultanément maîtriser une masse salariale qui dépasse désormais 25 milliards de dinars et répondre à des besoins croissants dans plusieurs secteurs : transport, santé, éducation, sécurité, maintenance des infrastructures ou encore métiers techniques.
Le budget de l’État pour 2026 s’élève à 79,624 milliards de dinars. Dans ce cadre, chaque recrutement représente une dépense durable, puisque le salaire n’est pas une dépense ponctuelle mais un engagement budgétaire qui s’inscrit dans le temps.
Mais l’absence de recrutement peut également avoir un coût : lignes de transport supprimées, délais plus importants, infrastructures moins bien entretenues ou services publics fonctionnant avec des effectifs insuffisants.
L’enjeu : faire correspondre l’emploi aux besoins
La campagne de la TRANSTU illustre ainsi une problématique plus large de l’employabilité dans le secteur public tunisien.
L’objectif ne devrait pas nécessairement être de réduire uniformément les effectifs, mais de mieux faire correspondre les recrutements aux besoins réels. Cela suppose d’identifier les métiers en tension, d’anticiper les départs à la retraite, de mesurer la charge de travail et d’évaluer régulièrement l’efficacité des services rendus.
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Pour les candidats, les 580 postes représentent une opportunité d’insertion professionnelle dans un marché de l’emploi difficile. Pour l’entreprise et, plus largement, pour les finances publiques, ils constituent en revanche un engagement qu’il faut pouvoir justifier par des besoins opérationnels clairement identifiés.
Le véritable défi est donc moins celui du nombre brut de fonctionnaires que celui de la composition des effectifs : une fonction publique trop importante dans certains domaines et insuffisante dans d’autres peut à la fois coûter cher et produire des services de qualité insuffisante.