La Tunisie et la Development Finance Corporation (DFC), l’institution américaine chargée du financement du développement international, ont engagé de nouvelles discussions autour d’opportunités d’investissement dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’énergie, les hydrocarbures, les énergies renouvelables et les mines. La rencontre, tenue à Tunis le 28 septembre, intervient alors que Washington cherche à renforcer ses chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques et à mobiliser davantage de capitaux privés américains à l’étranger.
Le secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique, Wael Chouchane, a reçu une délégation de la DFC composée de Susan Waage, directrice des projets de développement, et de Kate Lahnstein, vice-assistante du conseiller juridique général de l’institution. Selon Agenzia Nova, qui cite une note du ministère tunisien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, les discussions ont porté sur les moyens de renforcer le partenariat économique avec la DFC et sur les opportunités d’investissement disponibles dans les secteurs considérés comme stratégiques.
Une délégation américaine face aux principaux acteurs tunisiens
La composition de la partie tunisienne donne une importance particulière à cette rencontre. Le président-directeur général de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), le président-directeur général du Groupe chimique tunisien (GCT), le directeur général de l’Office national des mines ainsi que des représentants de la STEG ont notamment participé aux échanges.
Cette présence montre que les discussions ne se sont pas limitées à une coopération générale dans le domaine énergétique. Elles ont également concerné directement les filières minières et phosphatières tunisiennes, ainsi que les infrastructures énergétiques.
Pour l’heure, aucun montant d’investissement de la DFC en Tunisie n’a toutefois été annoncé et aucun projet précis n’a été officiellement attribué à l’institution américaine à l’issue de cette réunion. Le ministère indique plutôt que les deux parties ont convenu de poursuivre les consultations et la coordination afin de favoriser la mise en œuvre de nouveaux projets et de créer des conditions plus favorables à l’investissement.
Cette nouvelle démarche américaine prend une dimension supplémentaire lorsqu’elle est replacée dans le contexte des initiatives lancées ces derniers mois autour du phosphate tunisien.
Le phosphate tunisien déjà dans le radar de Washington
Début août, le département d’État américain et l’ambassade des États-Unis à Tunis ont lancé un programme intitulé « Safeguarding U.S. Critical Minerals Supply Chains – Tunisia ». Le dispositif prévoit une subvention pouvant atteindre environ 1,54 million de dollars afin de soutenir, pendant 18 à 24 mois, une opération destinée à attirer des investissements privés dans le secteur tunisien du phosphate.
Le programme américain affiche un objectif beaucoup plus important que le montant de sa propre subvention : mobiliser plus de 100 millions de dollars de capitaux privés américains et faciliter potentiellement une prise de participation de 30 à 40 % dans PhosCo, société australienne qui développe le projet phosphatier Gasaat à Kasserine. Ces 100 millions de dollars constituent toutefois un objectif de mobilisation et non des investissements déjà engagés.
Le projet Gasaat dispose actuellement d’une ressource annoncée de 166,6 millions de tonnes à une teneur moyenne de 20,6 % de P₂O₅, selon les données communiquées par PhosCo et reprises par plusieurs sources. De nouveaux résultats de forage et d’essais métallurgiques ont encore renforcé l’intérêt autour du projet ces derniers mois.
Le programme américain prévoit par ailleurs de travailler avec la DFC et d’autres institutions financières afin d’examiner des solutions de financement, notamment sous forme de dette et de financement mixte. Mais il serait prématuré d’affirmer que la réunion du 28 septembre constitue directement l’annonce d’un financement de Gasaat par la DFC : les sources disponibles ne l’établissent pas.
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L’intérêt de Washington pour le dossier est néanmoins clairement documenté. Une publication spécialisée dans les industries extractives indiquait déjà en septembre que le programme américain visait à faire entrer davantage de capitaux privés américains dans la structure de PhosCo.
Cette orientation correspond également à la stratégie affichée par la DFC. Dans une communication publiée le 22 septembre, son directeur général Ben Black mettait en avant le rôle de l’institution dans le développement d’infrastructures énergétiques et de chaînes d’approvisionnement stratégiques. Quelques jours auparavant, la DFC avait annoncé plus de 8 milliards de dollars de nouveaux investissements destinés notamment à renforcer les infrastructures, les ressources stratégiques, la sécurité énergétique et les exportations américaines.
Sécuriser certains approvisionnements stratégiques
La rencontre de Tunis intervient donc dans un contexte plus large : Washington cherche à utiliser le financement et le capital privé américains pour sécuriser certains approvisionnements stratégiques, tandis que la Tunisie tente de relancer des secteurs à fort potentiel mais confrontés à d’importants besoins d’investissement.
Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse ainsi la tenue d’une réunion diplomatique. La prochaine étape sera de savoir si les consultations engagées avec la DFC débouchent sur des projets identifiés, des montants de financement et, surtout, des investissements effectivement mobilisés dans l’énergie, les mines ou les hydrocarbures.
À ce stade, le signal est donc clair sur l’intérêt américain, mais les montants et les projets concrets restent à préciser.