La pénurie d’eau minérale qui touche actuellement plusieurs régions de Tunisie continue de révéler des pratiques de stockage et de rétention qui alimentent les tensions sur le marché. Après la découverte de stocks importants à Sousse, de nouvelles quantités ont été saisies à Nabeul, faisant apparaître un phénomène qui dépasse désormais le simple problème d’approvisionnement.
À Sousse, les unités de la sécurité nationale ont découvert vendredi 7 août près de 40 000 litres d’eau minérale dissimulés dans un entrepôt anarchique situé dans la région de La Kalâa Sghira. Cette nouvelle saisie intervient à peine deux jours après la découverte de 23 600 litres d’eau minérale cachés chez deux grossistes de la région de Sousse.
En quelques jours, ce sont donc plus de 63 000 litres d’eau minérale qui ont été retrouvés dans la seule région de Sousse, dans des stocks qui n’étaient pas directement accessibles aux consommateurs alors que la demande reste particulièrement forte.
Le phénomène ne se limite toutefois pas au Sahel. À Nabeul, les équipes de contrôle économique relevant de la direction régionale du Commerce ont saisi, samedi, 8 832 bouteilles d’eau minérale lors d’opérations menées dans la délégation de Mida, avec la participation des unités de la garde municipale.
5 928 bouteilles ont été découvertes dans un dépôt
Parmi ces quantités, 5 928 bouteilles ont été découvertes dans un dépôt destiné à la vente de matériaux de construction. Selon la directrice régionale du Commerce à Nabeul, Sihem Mabrouk, les bouteilles auraient été dissimulées dans le but de provoquer une pénurie artificielle, de favoriser la spéculation et de tirer profit de la situation actuelle.
Les services de contrôle ont engagé les procédures nécessaires pour consigner la valeur financière des produits saisis auprès du Trésor public et dresser un procès-verbal économique à l’encontre du contrevenant pour des faits liés à l’accaparement et à la spéculation.
Ces nouvelles saisies interviennent dans un contexte particulièrement tendu. Depuis plusieurs jours, l’eau minérale fait l’objet de fortes pressions sur le marché tunisien, avec des difficultés d’approvisionnement signalées dans plusieurs régions et une demande accrue de la part des consommateurs, notamment en raison des fortes températures.
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La multiplication des stocks découverts dans des entrepôts ou chez des intermédiaires pose ainsi une question centrale : dans quelle mesure la pénurie constatée sur le terrain est-elle uniquement liée aux capacités de production et de distribution, et dans quelle mesure est-elle aggravée par la rétention de marchandises ?
Le phénomène est d’autant plus préoccupant que l’eau constitue un produit de première nécessité. Lorsque des milliers de bouteilles sont soustraites temporairement au circuit normal de distribution, la moindre perturbation de l’approvisionnement peut rapidement se transformer en pénurie locale et pousser les prix à la hausse.
Dizaines de milliers de litres
Entre les stocks de dizaines de milliers de litres découverts à Sousse et les milliers de bouteilles saisies à Nabeul, les opérations de contrôle mettent donc progressivement au jour une autre dimension de la crise : celle des produits disponibles, mais maintenus hors du marché.
Face à cette situation, le renforcement des contrôles sur l’ensemble de la chaîne, de la production à la distribution et à la vente au détail, apparaît comme un enjeu majeur pour éviter que la pénurie ne devienne un terrain favorable à la spéculation.