Le phénomène El Niño devrait rapidement se renforcer au cours des prochains mois et atteindre un niveau potentiellement fort, selon les dernières prévisions de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Un phénomène climatique mondial qui pourrait accentuer les températures élevées et modifier les régimes de précipitations dans plusieurs régions du monde, mais dont les effets sur la Tunisie doivent être interprétés avec prudence.
Dans son dernier bulletin climatique publié le 3 juillet 2026, l’OMM prévoit une évolution rapide vers un épisode de fort El Niño durant la période juillet-septembre. Les modèles utilisés par les principaux centres météorologiques mondiaux tablent sur une anomalie moyenne d’environ 2 °C de la température de surface de la mer dans les principales zones de référence du Pacifique tropical. La tendance devrait rester orientée à la hausse durant l’automne dans l’hémisphère Nord.
L’OMM souligne surtout une conséquence à l’échelle mondiale : une probabilité accrue de températures supérieures aux normales. Pour juillet-septembre, les modèles prévoient ainsi une forte probabilité de températures au-dessus des moyennes sur une grande partie des terres émergées, notamment en Afrique du Nord. La Tunisie se trouve donc bien dans une région susceptible de connaître un contexte thermique plus chaud que la normale.
La Tunisie est-elle directement menacée ?
La réponse est plus nuancée concernant les pluies. El Niño agit à travers des téléconnexions atmosphériques : une anomalie de température dans le Pacifique peut modifier la circulation atmosphérique à plusieurs milliers de kilomètres. Mais son influence n’est pas identique dans toutes les régions et varie notamment selon la saison.
Pour la Méditerranée et l’Afrique du Nord, les travaux scientifiques montrent justement que la relation entre El Niño et les précipitations est complexe. En Tunisie, la variabilité des pluies dépend notamment de la circulation atmosphérique méditerranéenne, de l’oscillation méditerranéenne et de l’oscillation nord-atlantique. Une étude récente consacrée à l’Afrique du Nord estime que l’oscillation méditerranéenne peut expliquer jusqu’à 39 % de la variabilité interannuelle des précipitations dans la région, notamment en Tunisie.
Autrement dit, El Niño ne permet pas, à lui seul, de prédire une saison sèche ou une saison particulièrement pluvieuse en Tunisie.
Les dernières projections de l’OMM montrent toutefois un signal intéressant pour l’Europe : une probabilité accrue de précipitations supérieures aux normales dans le sud du continent durant juillet-septembre, mais avec un niveau de confiance faible à modéré. La Tunisie, située au sud de la Méditerranée, ne peut donc pas être automatiquement assimilée à ce signal européen.
Un risque surtout lié à la chaleur
Pour la Tunisie, le signal le plus clair à ce stade concerne donc les températures. Le renforcement d’El Niño intervient dans un contexte de réchauffement climatique déjà marqué. L’OMM rappelle que le phénomène peut ajouter temporairement de la chaleur au système climatique mondial, amplifiant certains épisodes extrêmes. L’organisation recommande ainsi aux secteurs sensibles au climat — notamment l’agriculture, l’eau, l’énergie et la santé — de renforcer leur préparation et leurs systèmes d’alerte précoce.
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Cette situation est particulièrement importante pour la Tunisie, où les ressources en eau et l’agriculture sont déjà fortement exposées à la variabilité climatique.
Pourquoi les prochains mois seront décisifs
El Niño atteint généralement son intensité maximale entre novembre et février. Les prochains mois seront donc déterminants pour mesurer son intensification et surtout pour mieux identifier ses conséquences régionales.
En juin, l’OMM estimait déjà à 80 % la probabilité de voir El Niño se développer entre juin et août 2026, avec des probabilités proches de 90 % pour la poursuite du phénomène durant les mois suivants. Les modèles envisageaient alors un épisode au moins modéré, avec la possibilité qu’il devienne fort.
Les prévisions de juillet ont confirmé cette tendance, avec un scénario de développement rapide vers un El Niño fort et une moyenne saisonnière proche de 2 °C dans la zone Niño 3.4 pour juillet-septembre.
Pour la Tunisie, il serait donc prématuré de parler d’une « sécheresse El Niño » ou, à l’inverse, d’annoncer des pluies exceptionnelles. Le signal le plus solide actuellement est celui d’un risque de températures supérieures aux normales, tandis que l’évolution des précipitations devra être suivie à l’échelle méditerranéenne et nationale au fil des prochains bulletins.
El Niño constitue ainsi un facteur supplémentaire à surveiller, mais il ne doit pas être considéré comme l’unique explication des conditions météorologiques que connaîtra la Tunisie durant l’été et l’automne 2026.