La présidente de l’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT) et vice-présidente du Conseil international des femmes, Radia Jerbi, a alerté ce lundi 10 août 2026 sur ce qu’elle considère comme une volonté de « banaliser » le phénomène du mariage oral en Tunisie, ainsi que sur des tentatives visant, selon elle, à remettre en cause certains acquis du Code du statut personnel.
Invitée sur Jawhara FM, Radia Jerbi a estimé que le débat, autrefois ouvertement concentré sur la polygamie et le mariage coutumier au lendemain de la révolution, se manifeste désormais davantage à travers des pratiques qu’elle qualifie de « dissimulées », cherchant à présenter ces phénomènes comme des réalités normales de la société.
Lecture de la Fatiha et contrats non enregistrés
Selon la responsable de l’UNFT, le mariage coutumier local prend plusieurs formes. Elle cite notamment le mariage oral, qui consiste à se contenter de la lecture de la Fatiha, parfois présenté sous l’expression « faire le halal », sans établir de document officiel.
Une autre forme consiste, selon elle, à conclure un contrat écrit non officiel, parfois appelé « kitab khati », sans l’enregistrer auprès des autorités compétentes.
Radia Jerbi a également affirmé que certaines de ces pratiques auraient été introduites en Tunisie par des membres de la communauté tunisienne musulmane vivant à l’étranger. Elle a notamment évoqué le mariage coutumier dans certains pays du Moyen-Orient, qui peut être établi au moyen d’un document écrit mais non enregistré auprès des autorités.
Des difficultés pour les enfants et les familles
La présidente de l’UNFT affirme avoir reçu au siège de l’organisation plusieurs cas liés à des mariages oraux non officiels, notamment concernant des couples dont certains seraient étudiants.
Ces situations peuvent, selon elle, entraîner des difficultés importantes lorsqu’il s’agit d’établir la filiation des enfants, de les inscrire à l’état civil ou encore de déterminer les responsabilités juridiques des pères.
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Pour Radia Jerbi, l’enjeu dépasse ainsi la seule question de la forme du mariage et touche directement à la protection juridique des femmes et des enfants ainsi qu’à l’établissement de la filiation.
« Des pratiques qui menacent les acquis de la Tunisie »
La responsable associative a par ailleurs dénoncé le refus de certains acteurs et institutions de reconnaître l’existence du phénomène et d’agir avec fermeté.
Elle a appelé les notaires de droit musulman ainsi que les différents acteurs juridiques et sociaux à intervenir afin de lutter contre ces pratiques, qu’elle estime contraires à l’ordre public et susceptibles de porter atteinte aux acquis de l’État civil tunisien et du Code du statut personnel.
Cette prise de position intervient alors que le mariage en Tunisie est encadré par un cadre juridique formel, faisant de l’enregistrement officiel de l’union un élément central de la reconnaissance juridique du couple et de la protection des droits qui en découlent.