Le bureau exécutif de l’Union régionale du travail de Médenine a décidé, dimanche 13 septembre 2026, de suspendre totalement et jusqu’à nouvel ordre son activité syndicale dans la région. Une décision présentée comme une première dans l’histoire de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), qui intervient sur fond de tensions croissantes entre plusieurs structures régionales et la direction centrale de la centrale syndicale.
Dans une correspondance adressée lundi 14 septembre au secrétaire général de l’UGTT, le bureau exécutif régional explique sa décision par son refus du report des congrès syndicaux à 2027, décidé au niveau central. Il dénonce également l’échec de la direction nationale à organiser le congrès de l’Union régionale du travail de Médenine, alors que celui-ci n’a pas pu se tenir à plusieurs reprises.
Le congrès régional de Médenine avait notamment été reporté le 10 mai dernier. Une nouvelle tentative d’organisation avait ensuite échoué le 26 juillet, dans un contexte de contestation par des syndicalistes du processus d’organisation du congrès.
Médenine, mais aussi Kasserine et Gafsa
La décision de Médenine intervient alors que d’autres conflits mettent également à l’épreuve le fonctionnement interne de l’UGTT. À Kasserine, le responsable chargé de la gestion de l’Union régionale a récemment présenté sa démission, dans un contexte de désaccord sur le calendrier du congrès régional. Des syndicalistes de la région réclament eux aussi la tenue du congrès avant la fin de 2026 et refusent son report à 2027.
À Gafsa, le contentieux porte désormais sur le terrain judiciaire. Une procédure en référé conteste les résultats du congrès de l’Union régionale du travail, avec une audience dont le verdict est attendu le 24 septembre. Les requérants demandent notamment l’annulation des résultats et la mise en place d’une commission de gestion.
Ces conflits interviennent quelques mois seulement après le congrès extraordinaire de l’UGTT organisé à Monastir en mars 2026. Ce congrès avait déjà été présenté comme un rendez-vous destiné à sortir la centrale d’une crise interne profonde, marquée par des divisions au sein de sa direction et des contestations autour de sa gouvernance.
La question de l’organisation des congrès régionaux apparaît ainsi comme l’un des principaux foyers de tension actuels. Le report à 2027 est contesté par plusieurs structures qui estiment que leurs mandats et leur fonctionnement démocratique ne peuvent rester dans l’attente.
Une centrale sous pression sur plusieurs fronts
La crise organisationnelle intervient également dans un contexte de forte confrontation sociale. Lors de sa réunion des 9 et 10 septembre, l’instance administrative nationale de l’UGTT a réaffirmé son attachement au principe d’une grève générale et chargé le bureau exécutif national de préparer un plan d’action progressif devant conduire à sa mise en œuvre. La date de la grève n’a toutefois pas encore été fixée.
La direction syndicale, désormais conduite par le secrétaire général Salah Eddine Selmi, affirme vouloir renforcer la mobilisation et coordonner ses actions avec plusieurs organisations de la société civile. L’UGTT dénonce notamment la dégradation du pouvoir d’achat, les difficultés des services publics et les problèmes persistants dans les secteurs de la santé, de l’éducation et du transport.
Lire aussi : Tunisie : L’UGTT durcit le ton et prépare ses structures à la grève générale
Mais parallèlement à cette confrontation avec le pouvoir, la centrale doit gérer des tensions internes qui concernent directement ses structures régionales. La multiplication des contestations autour des congrès, les désaccords sur les modalités de gestion de certaines unions régionales et les recours judiciaires donnent désormais à la crise une dimension institutionnelle.
La suspension totale de l’activité syndicale décidée à Médenine constitue ainsi un nouveau signal de l’ampleur du malaise. Elle pose surtout la question de la capacité de la direction nationale à maintenir la cohésion entre la centrale et ses structures régionales alors que plusieurs d’entre elles réclament la tenue rapide de leurs congrès.
À court terme, le calendrier des congrès régionaux et la capacité de la direction de l’UGTT à trouver un compromis avec les structures contestataires pourraient devenir déterminants pour préserver l’unité de la centrale, alors même que celle-ci prépare une mobilisation nationale et entend peser davantage sur les choix économiques et sociaux du pays.
