La crise de l’eau en Tunisie ne se limite pas aux difficultés d’approvisionnement. Elle peut également favoriser des pratiques susceptibles de présenter des risques pour la santé publique. À Médenine, les opérations de contrôle menées récemment ont ainsi conduit à la saisie de 180 bouteilles en plastique remplies d’eau de pluie, non contrôlée et d’origine inconnue.
Selon des informations rapportées par le quotidien Assabah, les agents de l’Instance régionale de contrôle des produits alimentaires de Médenine ont effectué 45 visites de terrain entre le 31 août et le 7 septembre dans plusieurs délégations du gouvernorat. Ces opérations ont abouti à l’établissement de deux procès-verbaux de saisie, à Médenine et à Zarzis.
Viande de volaille impropre à la consommation
Parmi les produits retirés du circuit figurent également 26 kilogrammes de viande de volaille impropre à la consommation, notamment en raison de son état de détérioration, ainsi que des boîtes de concentré de tomate arrivées à expiration. Ces produits ont été saisis dans le cadre des contrôles visant à protéger les consommateurs et à empêcher la commercialisation de denrées présentant un danger potentiel.
Mais c’est surtout la découverte des bouteilles d’eau qui attire l’attention, dans un contexte tunisien marqué depuis plusieurs années par le stress hydrique. Les contrôleurs ont découvert, dans l’un des espaces commerciaux inspectés, 180 bouteilles en plastique d’une capacité d’un litre et demi, remplies d’eau de pluie. Cette eau n’était soumise à aucun contrôle et son origine était inconnue.
Lire aussi : Après la pénurie de l’été, la Tunisie veut tripler son stock d’eau minérale
Les bouteilles ont été détruites après autorisation du parquet de Médenine. La saisie rappelle qu’une eau présentée comme une ressource de substitution ne peut être considérée comme potable sans contrôle sanitaire et traitement approprié. La collecte et le stockage d’eau de pluie dans des conditions non maîtrisées peuvent en effet exposer à différents risques de contamination.
Cette affaire intervient alors que la Tunisie demeure confrontée à une crise hydrique structurelle et à une crise de production d’eau minérale. Malgré l’amélioration du niveau de plusieurs barrages après les précipitations enregistrées en 2025 et au début de 2026, la situation reste contrastée selon les régions. Début septembre, le taux de remplissage des barrages du Nord était d’environ 60 %, alors qu’il ne dépassait pas 9 % dans les barrages du Centre.
La Tunisie reste confrontée à un déficit hydrique structurel
L’épisode de Médenine illustre ainsi une autre dimension de la crise de l’eau : lorsque la ressource devient rare ou irrégulière, des circuits parallèles et des solutions improvisées peuvent apparaître. L’enjeu n’est donc plus seulement de mobiliser davantage d’eau, mais aussi de garantir sa qualité, sa traçabilité et sa sécurité sanitaire.
Pour les autorités, le défi consiste désormais à éviter qu’une amélioration ponctuelle des réserves ne masque les fragilités persistantes du système hydrique tunisien. La saisie de ces 180 bouteilles constitue, à son échelle, un rappel concret : face à la rareté de l’eau, toutes les alternatives ne sont pas nécessairement sûres.