La Libye envisage de faire appel à des compétences médicales syriennes, selon des documents récemment relayés par plusieurs médias libyens. Le projet porterait sur le recrutement de 200 personnels de santé, dont 75 médecins et 125 membres du personnel infirmier, dans plusieurs spécialités.
Selon les documents cités, les médecins recherchés couvriraient notamment l’anesthésie, la chirurgie générale, l’urologie, la néphrologie, la chirurgie des brûlures, la gynécologie-obstétrique et la chirurgie pédiatrique. Les rémunérations mentionnées varieraient entre 2 000 et 3 200 dollars mensuels pour les médecins et entre 1 000 et 1 500 dollars pour les personnels infirmiers.
Mais la présentation de cette opération comme un recrutement déjà acté doit être nuancée. Le ministère libyen de la Santé du gouvernement d’unité nationale a affirmé, le 5 septembre 2026, qu’aucun contrat définitif n’avait encore été conclu avec la Syrie ou avec un autre pays. Selon les autorités, le dossier se trouve encore au stade de l’évaluation des besoins et de l’examen des différentes options disponibles.
Cette précision est importante, alors que la nouvelle a rapidement suscité des réactions en Tunisie, certains commentateurs parlant d’un « écartement » des compétences tunisiennes au profit de la Syrie.
Une relation médicale étroite entre la Tunisie et la Libye
L’hypothèse d’un désintérêt libyen pour les compétences tunisiennes ne peut toutefois pas être déduite, à ce stade, des éléments disponibles. En mai 2023, la Tunisie et la Libye avaient signé une convention visant notamment à organiser la circulation et l’exercice des médecins tunisiens en Libye ainsi que les procédures permettant leur activité professionnelle.
La Tunisie occupe depuis longtemps une place importante dans les échanges sanitaires avec la Libye. Les établissements tunisiens accueillent également un nombre important de patients libyens, dans le cadre d’une coopération médicale qui s’est développée au fil des années.
Lire aussi : Bientôt des cliniques libyennes avec des compétences tunisiennes ?
La question revêt également une dimension historique. Durant la crise libyenne de 2011, la Tunisie avait accueilli des dizaines de milliers de Libyens ayant fui les combats. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés avait alors documenté l’ampleur de cet accueil, notamment dans le sud tunisien, où de nombreuses familles avaient hébergé directement des réfugiés libyens.
« Écarter la Tunisie » : une affirmation qui reste à démontrer
À ce stade, aucune source officielle consultée ne permet toutefois d’affirmer que la Libye avait établi une procédure opposant les compétences tunisiennes aux compétences syriennes et aurait finalement choisi ces dernières.
Le dossier syrien semble plutôt s’inscrire dans une recherche plus large de personnel médical étranger destinée à répondre aux besoins du système de santé libyen. La décision finale, selon les autorités libyennes, n’a pas encore été arrêtée.
Le sujet reste néanmoins révélateur de l’évolution du marché régional des compétences médicales. Pour la Tunisie, qui dispose d’un important vivier de médecins et d’un historique de coopération sanitaire avec la Libye, la perspective de voir Tripoli explorer d’autres partenaires constitue un signal à surveiller, notamment dans un contexte de concurrence croissante entre pays pour attirer les compétences médicales.