Après un été 2026 marqué par les fortes chaleurs, des pics historiques de consommation et le recours aux coupures tournantes dans plusieurs régions, une question commence déjà à se poser : la Tunisie risque-t-elle de revivre le même scénario durant l’été 2027 ?
L’alerte lancée par les représentants syndicaux de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) remet cette question au premier plan. Alors que la demande électrique continue de progresser, le syndicat appelle à anticiper dès maintenant les besoins de l’été prochain et à renforcer les capacités de production afin d’éviter une nouvelle situation de tension sur le réseau.
Un été 2026 sous haute tension
L’été 2026 a constitué un sérieux avertissement pour le système électrique tunisien. Face à l’explosion de la demande lors des épisodes de forte chaleur, la STEG a dû recourir à plusieurs reprises à des coupures tournantes afin de préserver l’équilibre du réseau. Des délestages ont notamment été annoncés en juillet et encore à la fin du mois d’août dans plusieurs régions du pays.
Le problème n’est pas uniquement lié aux températures élevées. La demande électrique tunisienne connaît une progression structurelle de l’ordre de 4 à 5 % par an. Surtout, un nouveau record a été enregistré en juillet 2026, avec un pic de consommation estimé à 6 400 MW, contre 5 175 MW en 2025.
Autrement dit, même sans reproduire exactement les conditions météorologiques de 2026, le système devra faire face à une demande toujours plus importante.
2027 : Le risque est-il déjà identifié ?
Les déclarations syndicales interviennent dans un contexte particulièrement préoccupant. Fin août, un responsable de la Fédération générale de l’électricité et du gaz évoquait un déficit pouvant atteindre environ 2 000 MW durant les heures de pointe et estimait nécessaire la construction de nouvelles centrales pour résorber ce déficit.
Début septembre, le même dossier restait au cœur des préoccupations syndicales, avec un appel à davantage de transparence sur la situation réelle du système électrique et sur les capacités disponibles.
Ces déclarations ne signifient pas que des coupures auront nécessairement lieu durant l’été 2027. Elles montrent toutefois que le risque de tension sur le réseau est suffisamment sérieux pour que la question de la préparation soit posée plusieurs mois à l’avance.
Le gouvernement mise sur Borj El Amri
Les autorités ont, de leur côté, déjà engagé un projet destiné précisément à renforcer les capacités avant l’été prochain. La Commission des grands projets a décidé en août d’accélérer l’extension de la centrale électrique de Borj El Amri. Le projet prévoit l’installation d’une troisième turbine à gaz d’une capacité comprise entre 250 et 400 MW, pour un investissement estimé à environ 600 millions de dinars.
Objectif affiché : une mise en exploitation durant l’été 2027 afin d’augmenter la capacité de production et de réduire le recours aux délestages pendant les périodes de forte consommation.
Le gouvernement prévoit également le développement du réseau électrique, l’installation de compteurs intelligents et le renforcement des capacités de stockage de l’électricité.
Mais une seule centrale suffira-t-elle ?
C’est là que se situe la principale interrogation. Une capacité supplémentaire de 250 à 400 MW représenterait un renforcement important, mais elle doit être mise en perspective avec l’évolution de la demande. Entre 2025 et 2026, le pic enregistré en juillet est passé de 5 175 à 6 400 MW, soit une progression considérable en une seule année.
À cela s’ajoutent les effets potentiels du changement climatique : des épisodes de chaleur plus intenses peuvent provoquer simultanément une hausse massive de l’utilisation des climatiseurs et une pression accrue sur les infrastructures électriques.
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La question n’est donc pas seulement de savoir si la Tunisie disposera de quelques centaines de mégawatts supplémentaires en 2027. Elle est de savoir si l’ensemble du système — production, transport, distribution, maintenance et capacité de réserve — sera suffisamment robuste pour absorber les pics de consommation.
L’été 2026 comme avertissement
Le scénario de 2026 constitue ainsi un test grandeur nature pour la politique énergétique tunisienne. La réponse des autorités est désormais engagée avec le projet de Borj El Amri et d’autres investissements annoncés dans le secteur. Mais leur efficacité dépendra notamment du respect des délais de réalisation et de la capacité du pays à anticiper l’évolution de la demande.
Une chose est certaine : attendre les premières vagues de chaleur de juillet 2027 pour agir serait prendre le risque de reproduire les mêmes difficultés.
La question posée aujourd’hui n’est donc pas de savoir si la Tunisie connaîtra exactement les mêmes coupures qu’en 2026. Elle est plus fondamentale : le pays aura-t-il suffisamment renforcé son système électrique avant le prochain pic estival pour éviter que les délestages ne redeviennent la variable d’ajustement face à une demande en forte croissance ?