La Tunisie ne produit actuellement pas suffisamment d’électricité pour couvrir les pics de consommation enregistrés durant les périodes de forte chaleur. Face à l’écart grandissant entre l’offre et la demande, les coupures programmées, ou « délestages », deviennent une solution contrainte pour protéger le réseau national d’un éventuel effondrement.
Invité sur Jawhara FM, le membre de la Fédération générale de l’électricité et du gaz relevant de l’UGTT, Atef Bouabdallah, a expliqué que le délestage constitue une « procédure d’urgence » destinée à éviter une panne généralisée lorsque le réseau atteint ses limites.
Une capacité de production inférieure aux besoins
Selon Atef Bouabdallah, la capacité actuelle de production de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) se situe autour de 4 500 mégawatts (MW). Grâce aux accords d’échange avec les pays voisins, notamment l’Algérie, la Tunisie peut bénéficier d’un apport supplémentaire estimé entre 600 et 700 MW durant les périodes de pointe.
La capacité maximale disponible atteint ainsi environ 5 200 MW, un niveau qui reste toutefois insuffisant face à une consommation qui dépasse régulièrement les capacités nationales.
« Cet été, la consommation a franchi le seuil des 6 000 MW », a indiqué le responsable syndical, faisant état d’un déficit important entre la production disponible et la demande.
Les climatiseurs, principaux moteurs de la hausse de consommation
La vague de chaleur persistante accentue fortement la pression sur le réseau électrique. Selon Atef Bouabdallah, la Tunisie compte entre 2,7 et 2,8 millions de climatiseurs, dont la consommation lors des pics atteint près de 3 000 MW, soit environ la moitié de la capacité de production nationale.
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Cette forte demande explique la multiplication des tensions sur le réseau, notamment durant les journées où les températures atteignent des niveaux élevés.
Même les coupures nocturnes, alors que les administrations et une partie des activités économiques sont à l’arrêt, restent possibles, en raison du maintien d’une consommation élevée dans les foyers et d’une capacité de production qui demeure insuffisante.
Le retard des investissements dans les énergies renouvelables
Interrogé sur les solutions à long terme, Atef Bouabdallah a rappelé que la STEG propose des projets mais que leur réalisation dépend des décisions des autorités de tutelle et de son conseil d’administration.
Il a notamment cité la décision d’un conseil ministériel datant de 2016, prévoyant la réalisation par la STEG de 300 MW d’énergie solaire, un projet qui n’a toujours pas été concrétisé.
Pour le responsable syndical, l’enjeu n’est pas de s’opposer à la transition énergétique, mais de garantir une ouverture plus large du secteur des énergies renouvelables.
Il plaide ainsi pour permettre aux jeunes, aux classes moyennes et aux populations des différentes régions de participer davantage aux projets solaires à travers des mécanismes de financement adaptés et des projets participatifs.
Un été sous pression pour le système électrique tunisien
Avec une demande qui dépasse les capacités disponibles, la Tunisie se retrouve confrontée à un défi majeur : renforcer rapidement ses capacités de production tout en accélérant sa transition énergétique.
En attendant de nouvelles installations, le délestage reste l’outil utilisé pour éviter une panne totale du réseau lorsque la consommation atteint des niveaux critiques.