La filière avicole tunisienne traverse une période particulièrement difficile après un été 2026 marqué par des températures exceptionnellement élevées, une forte humidité et des coupures répétées d’électricité et d’eau. Dans plusieurs zones de production, notamment à Nabeul et Zaghouan, ces conditions ont provoqué des pertes importantes de volailles, réduit la productivité des élevages et commencé à perturber l’approvisionnement du marché en viandes blanches.
À Nabeul, l’une des principales régions avicoles du pays, les éleveurs de Cherfine, dans la délégation de Menzel Bouzelfa, et de Boukrim, dans la délégation d’El Haouaria, témoignent de plusieurs semaines particulièrement difficiles durant juillet et août.
L’ampleur exacte des dégâts n’est pas encore définitivement établie. Mais pour certains petits et moyens éleveurs, les pertes accumulées menacent directement la poursuite de leur activité.
Quand la chaleur rencontre les coupures d’électricité
La hausse des températures n’a pas été le seul facteur aggravant. L’augmentation de l’humidité et les coupures prolongées d’électricité ont considérablement compliqué les conditions d’élevage.
Dans les bâtiments avicoles, les systèmes de ventilation et de refroidissement fonctionnent principalement grâce à l’électricité. Leur interruption, même pendant quelques heures lors des épisodes de forte chaleur, peut rapidement provoquer une hausse critique de la température à l’intérieur des bâtiments.
Selon Khaled Al Aouini, membre du bureau exécutif de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche, les éleveurs ont vécu en juillet une situation « difficile et dure », en raison de la combinaison entre les températures élevées, l’humidité et les interruptions répétées de l’électricité.
Le problème est particulièrement important pour les petites exploitations qui ne disposent pas de groupes électrogènes ou de solutions énergétiques alternatives.
Jusqu’à 100 % de mortalité dans certaines exploitations
Les petits et moyens élevages apparaissent ainsi comme les plus vulnérables. Selon des données rapportées par la télévision nationale, le taux de mortalité aurait atteint 100 % dans certaines unités.
Au-delà de la perte immédiate du cheptel, les conséquences sont lourdes pour les éleveurs qui doivent également supporter les coûts déjà engagés pour l’alimentation, les soins vétérinaires, l’énergie et les autres intrants.
Pour certains professionnels, la question n’est désormais plus seulement de savoir comment compenser les pertes, mais s’ils pourront continuer à exercer leur activité.
Khaled Al Aouini, lui-même petit éleveur employant quatre familles dans l’activité d’engraissement de poulets de chair, fait état d’une forte inquiétude parmi les professionnels, notamment à l’approche de la rentrée scolaire, période traditionnellement associée à une hausse de la demande.
D’autres éleveurs envisagent tout simplement de quitter le secteur après avoir accumulé des pertes qu’ils ne sont plus en mesure d’absorber.
Une baisse de production qui commence à se répercuter sur le marché
Les conséquences de cette situation dépassent désormais les exploitations. La mortalité et la baisse de productivité devraient se traduire par une diminution de l’offre de viandes blanches au cours des prochaines semaines.
La Chambre nationale des commerçants de volailles et de viandes blanches estime que la production pourrait atteindre environ 11.000 tonnes en septembre, contre quelque 16.000 tonnes initialement prévues avant les épisodes de chaleur.
Cette contraction intervient à un moment particulièrement sensible : la rentrée scolaire et universitaire et la reprise du système de travail à deux séances pourraient entraîner une augmentation de la demande.
Selon les estimations de la profession, la production quotidienne nationale avait atteint environ 500 tonnes en 2025, tandis que la consommation quotidienne se situait entre 350 et 400 tonnes.
Mais l’absence de statistiques officielles actualisées et suffisamment détaillées sur la production, la consommation, le nombre d’élevages et les pertes rend encore difficile l’évaluation précise de l’impact national de la crise.
Les autorités tentent de mesurer les dégâts
Face à cette situation, le Groupement interprofessionnel des produits avicoles et cunicoles a lancé une opération de recensement des pertes.
Les éleveurs sont appelés à transmettre des données détaillées concernant les conséquences de la canicule et des coupures d’électricité sur les différentes catégories de production : poulets de chair, dindes, poules pondeuses et reproducteurs.
Pour les élevages de poules pondeuses, l’évaluation porte notamment sur le taux de mortalité et la baisse de production. Pour les poulets de chair et les dindes, les professionnels doivent communiquer les taux de mortalité ainsi que les retards de croissance.
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Les éleveurs de reproducteurs sont, quant à eux, appelés à fournir des informations sur la mortalité, la baisse de rendement et les conséquences sur la fertilité.
Ces données doivent permettre aux autorités de disposer d’une photographie plus précise de la situation et d’adapter les niveaux de production aux besoins du marché.
Des importations d’œufs à couver pour préparer les prochains mois
Le ministère de l’Agriculture prévoit déjà des mesures pour limiter les répercussions de la crise sur les mois à venir.
Selon Salwa Dhouadi, sous-directrice de la production de viande à la Direction générale de la production agricole, des importations d’œufs à couver sont envisagées afin de contribuer à ajuster la production durant novembre et décembre.
Le ministère anticipe une certaine tension sur l’approvisionnement en viandes blanches durant septembre, avec l’espoir d’un retour à un rythme plus normal en octobre.
L’objectif est notamment d’éviter qu’une baisse de production enregistrée à un stade donné du cycle avicole ne provoque des déficits plus importants plusieurs semaines plus tard.
Un plan d’action à court, moyen et long terme
Le ministère de l’Agriculture a consacré, le 3 septembre, une réunion de travail à la situation du secteur avicole et aux conséquences des vagues de chaleur sur les élevages.
La réunion a rassemblé les principales structures administratives, techniques, vétérinaires et professionnelles concernées, ainsi que des représentants régionaux, notamment de Nabeul et de Sfax.
Le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzeddine Ben Cheikh, a insisté sur la nécessité de prendre des mesures urgentes et préventives afin de limiter les pertes, préserver la continuité de la production et maintenir l’équilibre du marché.