Le secteur de la livraison rapide connaît une nouvelle zone de turbulences en Tunisie. Plusieurs livreurs affiliés à Glovo, leader du marché de la livraison à domicile dans le pays, ont annoncé ce samedi une grève générale, après plusieurs semaines de tensions avec l’administration de la plateforme.
Le mouvement marque une escalade dans un bras de fer qui oppose les coursiers à leur employeur numérique autour principalement des tarifs de livraison, des revenus générés et des conditions de travail.
Selon plusieurs témoignages de livreurs, la rémunération par course aurait fortement diminué ces dernières semaines. Certains affirment que plusieurs livraisons ne rapporteraient désormais que quelques millimes, rendant difficile la couverture des frais liés à l’activité, notamment le carburant, l’entretien des véhicules et les charges quotidiennes.
Les protestataires réclament notamment une révision à la hausse des tarifs de livraison ainsi qu’une amélioration de plusieurs services liés à l’utilisation de la plateforme.
Une plateforme perturbée, des commandes bloquées
Sur l’application Glovo, plusieurs utilisateurs ont constaté samedi des perturbations importantes. La plateforme affichait une situation de « forte demande » et un trafic élevé, alors que les délais de livraison devenaient très longs, voire que certaines commandes ne pouvaient pas être exécutées.
Cette situation traduit l’importance stratégique des livreurs dans le fonctionnement du modèle économique des plateformes numériques : sans leur disponibilité sur le terrain, l’application perd rapidement sa capacité opérationnelle.
Glovo dispose en Tunisie d’un système dédié aux coursiers permettant notamment le suivi des revenus, la gestion des comptes et l’accès à des services d’assistance.
Présente depuis plusieurs années sur le marché tunisien, Glovo s’est imposée comme l’un des acteurs majeurs de la livraison rapide dans le pays. La plateforme, qui met en relation consommateurs, restaurants, commerces et livreurs indépendants, a profondément transformé les habitudes d’achat en développant le concept de livraison à la demande via une application mobile.
Son réseau de coursiers constitue aujourd’hui un maillon essentiel de l’économie numérique urbaine, notamment dans les grandes villes tunisiennes, où des milliers de commandes transitent quotidiennement par son application. Cette position dominante explique l’impact immédiat de toute perturbation affectant ses livreurs, comme l’a illustré la grève annoncée ce samedi.
Au-delà des tarifs, une question sociale
Le conflit ne porte pas uniquement sur le montant des courses. Il révèle aussi une problématique plus large liée au statut des travailleurs des plateformes numériques.
En Tunisie, les revendications des livreurs se sont progressivement élargies à des questions de protection sociale, d’assurance, de sécurité professionnelle et de transparence dans la relation avec les plateformes. Des organisations syndicales ont également exprimé leur soutien aux coursiers, estimant que cette mobilisation dépasse le simple cadre salarial et pose la question des droits dans l’économie numérique.
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Une dynamique syndicale autour des livreurs a d’ailleurs commencé à émerger avec l’annonce d’un processus de création d’une structure syndicale dédiée aux travailleurs de Glovo.
Un phénomène mondial : les « riders » face aux plateformes
La mobilisation tunisienne s’inscrit dans une tendance internationale. Depuis plusieurs années, les livreurs des grandes plateformes numériques contestent un modèle basé sur la flexibilité, mais qu’ils jugent parfois précaire.
En Europe et ailleurs, des mouvements similaires ont concerné des plateformes comme Glovo, Uber Eats ou DoorDash, avec des revendications portant sur les rémunérations minimales, la transparence des algorithmes de distribution des courses et la reconnaissance d’un statut professionnel plus protecteur.
Aux États-Unis, certains livreurs de plateformes ont notamment développé des formes d’action collective consistant à refuser certaines commandes jugées insuffisamment rémunérées, afin de faire pression sur les plateformes.
Le débat dépasse désormais la question du prix d’une livraison : il concerne le fonctionnement même de l’économie dite « à la tâche », où des milliers de travailleurs dépendent d’algorithmes pour recevoir des missions et générer leurs revenus.
Quel avenir pour la livraison numérique en Tunisie ?
Le bras de fer entre les livreurs tunisiens et Glovo intervient alors que les plateformes numériques occupent une place croissante dans les habitudes de consommation. La livraison rapide est devenue un service incontournable pour de nombreux restaurants, commerces et consommateurs.
Mais la pérennité de ce modèle dépend largement de l’équilibre trouvé entre trois acteurs : les plateformes, les clients et les livreurs. Une hausse des coûts pourrait affecter les consommateurs, tandis qu’une pression excessive sur les revenus des coursiers risque d’alimenter davantage les conflits sociaux.
La grève ouverte de samedi pourrait donc constituer un tournant dans la structuration du secteur de la livraison en Tunisie, en posant une question centrale : comment encadrer un travail créé par le numérique mais exercé dans des conditions encore largement inspirées de l’économie informelle ?