La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) s’enfonce dans une équation financière de plus en plus complexe. Endettée à hauteur de 7,356 milliards de dinars au 23 juin 2026, l’entreprise publique fait face en parallèle à 6,061 milliards de dinars d’impayés accumulés auprès de ses clients, qu’ils soient publics ou privés.
Ces chiffres ont été dévoilés lors d’une séance d’audition devant la Commission des finances et du budget à l’Assemblée des représentants du peuple, consacrée à l’examen de deux projets de loi portant sur l’approbation de garanties de l’État au profit de la Steg.
Deux financements internationaux
Deux financements internationaux sont en jeu : un prêt de 384,8 millions d’euros, soit environ 1,269 milliard de dinars, accordé par World Bank, ainsi qu’un second financement de 30 millions de dollars via le Fonds pour les technologies propres.
Une dépendance coûteuse au gaz
Au cœur des difficultés de la Steg, un modèle énergétique encore largement dépendant du gaz naturel. Plus de 95 % de l’électricité produite en Tunisie repose encore sur cette ressource, tandis que les hydrocarbures représentent à eux seuls 72 % du coût de production de l’électricité et 89 % de celui du gaz.
Le déséquilibre entre prix de vente et coût réel de production continue d’alourdir la situation. En 2025, le prix moyen de vente de l’électricité n’a pas dépassé 290,7 millimes par kilowattheure, alors que son coût réel s’élevait à 456,3 millimes. Même constat pour le gaz naturel, vendu à 647,4 dinars la tonne équivalent pétrole, pour un coût de production estimé à 1.497,7 dinars.
Une réforme sous pression
Selon les responsables de la Steg, cette situation résulte d’un cumul de facteurs : tarifs insuffisants pour couvrir les coûts, retards dans le versement des compensations publiques, hausse de l’endettement, pertes énergétiques importantes et impact des fluctuations des cours du pétrole ainsi que du dinar.
Le contrat-programme signé entre l’État et la Steg pour la période 2024-2028 vise justement à rétablir les équilibres financiers de l’entreprise. Parmi les objectifs affichés figure une réduction de 23 % du coût d’approvisionnement énergétique, une baisse de plus de deux milliards de dinars des charges de compensation publique, ainsi qu’une amélioration du résultat net de près de trois milliards de dinars.
Le pari des renouvelables
La transition énergétique apparaît désormais comme l’un des principaux leviers de redressement. La Steg ambitionne de porter la part des énergies renouvelables à 27 % de la production électrique d’ici 2028, puis à 35 % à l’horizon 2030.
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Dans cette optique, 500 mégawatts de projets renouvelables devraient entrer en exploitation, tandis que des contrats supplémentaires pour 1.000 mégawatts sont en préparation. Déjà, 262 mégawatts ont été injectés dans le réseau entre 2025 et 2026.
Mais un autre défi reste majeur : les pertes sur le réseau, évaluées à 19,7 %, dont une part importante est attribuée aux vols d’électricité et aux raccordements illégaux.
Au Parlement, plusieurs députés ont soulevé la question de la soutenabilité de nouveaux emprunts, alors que la Steg demeure l’un des piliers de la sécurité énergétique nationale. Une équation délicate : financer la transition tout en colmatant une situation financière de plus en plus fragile.