Trois militants de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) ont été condamnés, le 13 août 2026, à quatre ans de prison ferme en Mauritanie. Au cœur de cette affaire sensible : le signalement d’un cas présumé d’esclavage impliquant une fillette de 11 ans à Nouakchott, une dénonciation que la justice a finalement considérée comme infondée, tandis que les militants affirment être poursuivis pour avoir voulu révéler une situation de servitude.
Une affaire née d’un signalement à Nouakchott
L’affaire remonte au début du mois de février. Des membres de l’IRA avaient alors rendu publiques des accusations concernant Nouha Mohamed, une fillette haratine de 11 ans qui, selon eux, aurait été maintenue dans une situation de servitude domestique par un couple à Nouakchott.
Les autorités avaient ouvert une enquête sur ces accusations. Les personnes soupçonnées avaient été entendues puis relâchées. Dans les jours qui ont suivi, plusieurs militants de l’IRA ainsi que deux lanceuses d’alerte avaient à leur tour été arrêtés et poursuivis.
Dans un communiqué publié le 6 mars, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) avait dénoncé des arrestations et des poursuites qu’elle estimait directement liées à la dénonciation de ce cas présumé d’esclavage. L’organisation avait notamment fait état de poursuites pour « diffusion de fausses informations » et « association de malfaiteurs ».
La justice retient la « fausse dénonciation »
Le verdict rendu le 13 août marque une nouvelle étape dans ce dossier. Trois militants de l’IRA ont été condamnés à quatre ans de prison ferme, notamment pour « fausse dénonciation », selon les comptes rendus de presse consacrés au jugement.
La position des autorités judiciaires mauritaniennes est claire : le cas d’esclavage signalé par les militants n’a pas été établi. C’est précisément sur ce point que repose toute la complexité de l’affaire.
Pour l’IRA et son président, Biram Dah Abeid, l’interprétation est tout autre. Le mouvement considère que les condamnés sont sanctionnés après avoir dénoncé une situation qu’ils estimaient relever de l’esclavage.
Deux lectures irréconciliables se font ainsi face : celle d’une justice estimant qu’une accusation grave n’a pas été démontrée et celle de militants abolitionnistes qui dénoncent une criminalisation de leur action.
L’esclavage, une question toujours sensible en Mauritanie
Cette affaire intervient dans un pays où l’esclavage a été officiellement aboli en 1981 et où il a ensuite été renforcé dans l’arsenal pénal, notamment par une loi de 2015 qui le qualifie de crime contre l’humanité.
Pour autant, plusieurs organisations internationales continuent de documenter la persistance de pratiques assimilées à l’esclavage, affectant notamment des membres de la communauté haratine. La FIDH souligne également un contexte de pressions récurrentes contre les défenseurs des droits humains engagés dans la lutte contre ces pratiques, particulièrement les membres de l’IRA.
L’organisation rappelle que plusieurs militants et lanceurs d’alerte ayant dénoncé des faits présumés d’esclavage ont, au fil des années, fait l’objet d’arrestations ou de poursuites judiciaires.
Quand le dénonciateur devient l’accusé
Au-delà du seul cas de ces trois militants, l’affaire pose une question plus large : comment protéger le signalement de possibles violations graves des droits humains sans pour autant soustraire les accusations à l’examen de la justice ?
Car le jugement ne permet pas d’affirmer que les trois militants ont été condamnés simplement « pour avoir dénoncé l’esclavage ». La justice mauritanienne considère précisément que le signalement était infondé.
Mais leurs soutiens, eux, y voient le risque inverse : celui de voir des militants ou des lanceurs d’alerte exposés à de lourdes peines lorsqu’une dénonciation, même formulée de bonne foi, n’aboutit pas à la reconnaissance judiciaire des faits allégués.
C’est dans cet espace, particulièrement sensible, que se situe désormais cette affaire : entre la nécessité de vérifier les accusations et celle de préserver la capacité des organisations de défense des droits humains à alerter sur des situations qu’elles jugent préoccupantes.
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