Après plusieurs jours de pénurie et une mobilisation qui a dégénéré en affrontements et en interpellations, les habitants de Borj Erras, à Mahdia, verront de nouveau l’eau couler dans leurs robinets à partir de ce samedi 15 août. Mais la solution annoncée par la SONEDE reste loin d’un retour à la normale : l’approvisionnement ne devrait durer qu’entre une heure et demie et deux heures par jour, pendant plus d’une semaine. Entre crise de l’eau, colère sociale et poursuites judiciaires, Borj Erras est devenu le symbole d’un problème qui dépasse désormais largement cette seule localité.
Après des semaines sans eau, un approvisionnement au compte-gouttes
À Borj Erras, la situation était devenue intenable. Depuis plusieurs jours, les habitants dénonçaient des coupures prolongées, laissant de nombreuses familles sans accès régulier à l’eau potable.
Les chiffres eux-mêmes traduisent l’ampleur du malaise. Les services du gouvernorat évoquent une interruption de l’approvisionnement ayant duré près de vingt jours, tandis que les habitants et les organisations locales de défense des droits humains parlent d’une crise remontant à plus d’un mois.
À partir de samedi matin, une solution temporaire doit être mise en place. La localité sera alimentée quotidiennement pendant environ deux heures, selon une source officielle citée par l’agence TAP. Ce dispositif exceptionnel devrait être maintenu pendant plus d’une semaine, en attendant le rétablissement d’une distribution présentée comme « normale et régulière ».
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Pour les habitants, il ne s’agit donc pas encore d’un retour à la normale, mais plutôt d’une respiration après des semaines de robinets à sec.
La colère des habitants a fini par éclater
Cette crise de l’eau a pris une tout autre dimension jeudi soir lorsque des habitants sont descendus dans la rue pour réclamer le rétablissement de l’approvisionnement.
La mobilisation a donné lieu à des tensions et à plusieurs interpellations, y compris parmi des jeunes et des mineurs. L’affaire a ensuite pris une tournure judiciaire, avec des qualifications pénales évoquées dans le cadre des poursuites.
La section de Mahdia de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme ainsi que le Conseil régional de l’Ordre des avocats se sont alors mobilisés pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une judiciarisation de la protestation.
La libération des jeunes arrêtés lors des manifestations a finalement été annoncée vendredi soir.
La séquence reste cependant saisissante : après une mobilisation née de l’absence d’eau, plusieurs habitants se sont retrouvés confrontés à des poursuites, tandis que la première réponse concrète apportée à leur revendication consiste désormais en un accès limité à une ou deux heures d’eau par jour.
Un problème qui touche aussi Sousse et Monastir
Borj Erras n’est pas un cas isolé. Depuis le 5 juillet, plusieurs zones des gouvernorats de Mahdia, Sousse et Monastir sont soumises à des coupures nocturnes, généralement entre minuit et 5 heures du matin.
Mais la remise en service du réseau ne signifie pas nécessairement le retour de l’eau dans tous les foyers. Dans certaines zones, notamment celles situées en hauteur, la faiblesse de la pression empêche l’eau d’atteindre les étages.
Borj Erras et Jebel Dar Wajeh figurent parmi les secteurs les plus touchés. Dans certains immeubles, seuls les appartements du rez-de-chaussée parviennent encore à être alimentés.
La crise locale s’inscrit ainsi dans une difficulté beaucoup plus large, liée à la pression exercée sur les capacités de production et de distribution d’eau potable durant la période estivale.
Plus de besoins, mais une dotation qui ne suit pas
À Mahdia, la situation est aggravée par l’afflux estival. La région, devenue une destination touristique et balnéaire importante, voit sa consommation d’eau augmenter fortement durant les mois d’été.
Or, selon les services régionaux, les volumes d’eau alloués au gouvernorat ne connaissent pas une évolution comparable. L’équation est donc simple : les besoins augmentent, mais les ressources disponibles restent limitées.
Pour répondre à cette situation, plusieurs réunions ont été organisées avec les autorités centrales afin d’identifier des solutions capables de renforcer l’approvisionnement de toute la région.
Parmi les réponses attendues figure la mise en exploitation de la station de dessalement de l’eau de mer de Sidi Abdelhamid, à Sousse. Cette infrastructure doit contribuer à améliorer l’alimentation en eau potable de plusieurs gouvernorats du Sahel, dont Mahdia, Sousse et Monastir.
Mais tant que cette capacité supplémentaire n’est pas pleinement disponible, certaines zones continuent de subir les conséquences d’un réseau soumis à une forte pression.
Pour l’heure, la crise n’a pas disparu. Elle est simplement passée d’une absence totale d’eau à une distribution au compte-gouttes.
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