Fitch Ratings maintient la note souveraine de la Tunisie à « B- » avec une perspective stable, mais sa nouvelle évaluation met surtout en lumière la fragilité persistante des finances publiques. L’agence prévoit un déficit budgétaire de 6,4 % du PIB en 2026, une dette publique autour de 85 % du PIB jusqu’en 2028 et des besoins de financement encore élevés. Le principal point de vigilance se situe désormais du côté du financement intérieur, avec la perspective d’un retrait de la Banque centrale de Tunisie (BCT) du financement direct de l’État à partir de 2027.
Un déficit deux fois supérieur à la médiane des pays « B »
Pour 2026, Fitch anticipe un déficit budgétaire de 6,4 % du PIB, contre une médiane de seulement 3,3 % pour les États classés dans la catégorie « B ». L’agence attribue notamment cette dégradation à la hausse du coût des subventions aux carburants, qui ajouterait 0,8 point de PIB au déficit.
La trajectoire devrait s’améliorer progressivement jusqu’en 2028, mais Fitch ne prévoit pas de réforme budgétaire significative à court terme. Surtout, les finances publiques restent fortement exposées à une remontée durable des prix du pétrole : avec un baril à 87 dollars jusqu’en 2028, le déficit serait supérieur de 1,4 point de PIB aux prévisions actuelles.
Une dette à 85 % : l’écart avec les comparables se creuse
La dette publique devrait atteindre 85 % du PIB en 2026, puis rester proche de ce niveau jusqu’en 2028. C’est près de 30 points de plus que la médiane de 55 % observée pour les pays notés « B ».
La structure de cette dette constitue également une vulnérabilité : environ 40 % de la dette publique est libellée en devises étrangères, ce qui expose directement les finances de l’État aux fluctuations du taux de change.
Plus préoccupant encore, les besoins de financement budgétaire devraient rester à 13,5 % du PIB en 2028, contre une médiane de 8,9 % pour les pays de même catégorie.
Le retrait de la BCT change la donne
C’est probablement le principal enseignement de la nouvelle analyse de Fitch. Après des prêts sans intérêt de 7 milliards de dinars en 2024 et 2025, la BCT doit encore fournir 11 milliards de dinars en 2026, soit environ 6,1 % du PIB attendu.
Mais ce mécanisme ne devrait pas se poursuivre en 2027. Fitch anticipe ainsi un basculement vers le marché intérieur : les emprunts nets domestiques passeraient de 1,7 % du PIB en 2026 à 6,5 % en 2027.
Ce changement signifie que l’État devra davantage mobiliser les ressources disponibles auprès des banques et des autres acteurs financiers. Le risque est alors celui d’un effet d’éviction : une part croissante des ressources bancaires pourrait être absorbée par le Trésor, au détriment du financement des entreprises et des ménages.
Fitch avertit elle-même que cette hausse des emprunts intérieurs pourrait mettre sous pression le secteur financier domestique. Cette question est d’autant plus importante que les banques tunisiennes sont déjà fortement exposées au financement de l’État.
Une situation extérieure moins tendue, mais pas encore confortable
Sur le front extérieur, Fitch prévoit un déficit courant de 3,9 % du PIB en 2026, avant une amélioration sous les 2,5 % en 2027 et 2028. Les recettes d’exportation d’huile d’olive et les services constituent des facteurs de soutien.
Les réserves internationales devraient toutefois reculer à 3,3 mois de paiements extérieurs courants en 2026, avant de remonter à 3,7 mois en 2028, toujours sous la médiane de 4,1 mois des pays notés « B ».
Une stabilité qui reste sous conditions
Fitch table sur une croissance réelle moyenne de 2 % entre 2026 et 2028 et une inflation ramenée progressivement vers 5 %. La perspective stable ne signifie donc pas une disparition des risques.
Au contraire, l’agence identifie deux principales menaces pour la notation : une nouvelle hausse du ratio dette/PIB et une détérioration des comptes extérieurs susceptible d’accélérer la baisse des réserves ou d’exercer une forte pression sur le dinar.
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