La Tunisie pourrait aborder l’année 2027 avec un peu plus d’oxygène sur le plan financier. La baisse attendue du service de la dette publique, estimée à environ 20 milliards de dinars, pourrait alléger la pression sur les finances de l’État et offrir davantage de possibilités pour financer les priorités économiques et sociales. C’est l’analyse avancée par l’expert financier Bassem Naifer, dans un entretien accordé à l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP), dimanche 4 octobre.
Selon l’analyste, la prochaine loi de finances devrait marquer une amélioration par rapport aux trois années précédentes, notamment grâce à un recul des échéances de remboursement de la dette. Cette évolution pourrait permettre à l’État de disposer d’une capacité d’action plus importante, après plusieurs exercices marqués par des besoins de financement élevés.
Les chiffres du ministère des Finances permettent de mesurer l’ampleur de cet enjeu. Le service de la dette publique, qui comprend le remboursement du principal et le paiement des intérêts, s’est élevé à 20,75 milliards de dinars en 2023, avant de grimper à 24,81 milliards en 2024 et de s’établir à 24,44 milliards en 2025. Pour 2026, la loi de finances prévoit une enveloppe de 23,05 milliards de dinars.
Une dette moins lourde, mais des finances publiques toujours fragiles
Si les prévisions de Bassem Naifer se concrétisent, le service de la dette pourrait ainsi revenir en 2027 à un niveau proche de celui de 2023. Un allègement qui reste toutefois relatif, puisque la charge demeure considérable au regard des ressources budgétaires disponibles.
Cette amélioration attendue intervient dans un contexte où la structure de la dette tunisienne a profondément évolué. D’après les données du ministère des Finances, l’encours de la dette publique devrait atteindre 156,7 milliards de dinars en 2026, soit 83,4 % du produit intérieur brut (PIB), contre 141,7 milliards en 2025. La dette intérieure représente désormais 64 % de l’encours total prévu pour 2026, contre 47,2 % en 2023.
La pression ne provient toutefois pas uniquement de la dette. Les dépenses de fonctionnement, notamment les salaires et les subventions, continuent de mobiliser une part importante du budget. À cela s’ajoutent les incertitudes liées aux marchés internationaux de l’énergie et des matières premières.
Bassem Naifer estime ainsi que les dépenses consacrées aux subventions pourraient dépasser les montants initialement inscrits dans le budget 2026. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la guerre russo-ukrainienne ont contribué à renchérir les hydrocarbures, alourdissant la facture énergétique de la Tunisie. La hausse des prix du pétrole et du gaz pourrait donc limiter les bénéfices attendus de la baisse du service de la dette.
L’analyste recommande notamment de retenir, pour les hypothèses budgétaires de 2027, un prix du baril de Brent supérieur à celui pris en compte dans les prévisions de 2026. Il anticipe également le maintien d’un niveau élevé des dépenses de soutien, en raison des orientations sociales de l’État et des prix encore importants de certaines matières premières, notamment les céréales.
Un budget 2027 entre ambitions de développement et contraintes de financement
Au-delà de l’allègement attendu de la dette, le budget 2027 ouvrira un nouveau cycle de programmation triennale couvrant la période 2027-2029. Il constituera également la deuxième année de mise en œuvre du plan de développement quinquennal 2026-2030. L’objectif affiché est de traduire les programmes et les projets de ce plan en allocations budgétaires concrètes.
Les orientations gouvernementales présentées lors du conseil ministériel consacré au projet de loi de finances en août dernier mettent notamment l’accent sur la valorisation des ressources nationales, le développement des secteurs à forte valeur ajoutée, l’investissement et le renforcement de la sécurité alimentaire, énergétique, hydrique et pharmaceutique. Le gouvernement entend également améliorer la résilience de l’économie face aux crises internationales.
Sur le plan des équilibres macroéconomiques, Bassem Naifer anticipe un déficit budgétaire inférieur à 6 % du PIB en 2027, contre 6,4 % attendus pour l’ensemble de 2026, selon les prévisions de Fitch qu’il cite. Il prévoit également une relative stabilité du dinar et estime que le financement du déficit continuera de reposer principalement sur les ressources intérieures, dans un contexte où l’accès aux emprunts extérieurs demeure difficile.
Lire aussi : Budget 2026 : La ministre des Finances sera auditionnée par les députés
L’expert s’attend par ailleurs à une amélioration de l’investissement public, portée par la concrétisation des projets inscrits dans le plan de développement. Il reste néanmoins prudent quant à l’ampleur des financements disponibles. Sur le volet fiscal, il ne prévoit pas de nouvelles mesures majeures ni de nouveaux impôts dans le prochain projet de loi de finances, tout en envisageant des incitations ciblées en faveur des secteurs jugés porteurs.
La marge de manœuvre annoncée pour 2027 ne signifie donc pas un retour à l’aisance budgétaire. Elle dépendra notamment de l’évolution des prix de l’énergie, de la capacité de l’État à mobiliser ses ressources et de la concrétisation des projets de développement. La diminution de la charge de la dette pourrait offrir une occasion de réorienter les dépenses publiques, mais le véritable enjeu sera de transformer cet allègement attendu en investissements et en retombées économiques tangibles