Il suffit parfois de quelques minutes pour changer de décor. À quelques pas des Jardins de Carthage, de leurs résidences modernes, de leurs cafés branchés et de leurs villas aux murs impeccables, Sidi Daoud donne une tout autre impression. Ici, les rues semblent plus tranquilles, les commerces plus modestes, les visages plus familiers. Comme si le Grand Tunis, lancé dans une course permanente vers la modernité, s’était arrêté juste avant d’entrer dans le village.
À Sidi Daoud, le temps ne semble pas avoir complètement disparu sous le béton. Il se lit encore dans les petites boutiques, les cafés de quartier, les anciennes maisons et ces scènes ordinaires qui ont progressivement disparu d’autres quartiers de la capitale. Un commerçant connaît ses clients, un voisin s’arrête pour discuter, les habitués occupent leur place au café. Rien de spectaculaire. Justement. C’est cette normalité qui frappe.
Le contraste est d’autant plus saisissant que Sidi Daoud n’est pas isolé. Le quartier est entouré par des espaces qui incarnent une autre image du Grand Tunis, celle des Jardins de Carthage, de La Marsa et des zones résidentielles où l’immobilier et les nouveaux modes de consommation ont profondément transformé le paysage.
Pourtant, à l’intérieur de Sidi Daoud, cette transformation paraît avoir ralenti.
Entre les villas huppées et les petites boutiques, deux Tunis se côtoient
Il suffit de changer de rue pour mesurer le contraste. D’un côté, les constructions récentes, les résidences sécurisées et les commerces destinés à une clientèle disposant d’un pouvoir d’achat élevé. De l’autre, les petits commerces où l’on vient encore acheter quelques produits du quotidien, discuter quelques minutes et retrouver des habitudes qui semblent appartenir à une autre époque.
C’est peut-être là que réside le paradoxe de Sidi Daoud. Le quartier n’est pas situé à des dizaines de kilomètres de Tunis. Il est au cœur de cette métropole qui s’étend, se densifie et se modernise rapidement. Mais son atmosphère donne parfois l’impression d’un village éloigné de la capitale.
Même les prix peuvent donner cette impression, du moins dans certains commerces de proximité. Là où les nouveaux quartiers affichent des tarifs qui suivent la hausse du foncier et l’évolution des habitudes de consommation, certains commerces de Sidi Daoud continuent de fonctionner selon une économie beaucoup plus locale. Les clients sont souvent des habitués, les achats sont quotidiens et les relations commerciales restent largement fondées sur la proximité.
Cette impression ne signifie pas que Sidi Daoud est resté figé. Le quartier a lui aussi changé. De nouveaux habitants y sont arrivés, les constructions se sont développées et la pression urbaine du Grand Tunis est bien présente. Mais la transformation n’a pas totalement effacé ce qui existait auparavant. C’est précisément cette coexistence qui donne au lieu son caractère particulier.
Un village dans la ville, entre mémoire et pression urbaine
À Sidi Daoud, le plus intéressant n’est finalement pas ce qui a changé, mais ce qui a résisté. Les anciennes habitudes, les commerces de proximité, les relations entre habitants et une certaine manière d’occuper l’espace continuent de donner au quartier une identité différente de celle des zones qui l’entourent.
Le visiteur venu des Jardins de Carthage peut avoir le sentiment de franchir une frontière invisible. Pourtant, aucune véritable séparation ne matérialise ce changement. Il n’y a ni panneau annonçant l’entrée dans un autre monde, ni longue distance à parcourir. Le changement est perceptible dans l’ambiance, dans le rythme de la rue et dans les détails.
Les voitures passent, mais la rue n’est pas dominée par la circulation. Les commerces fonctionnent, mais sans l’agitation des grandes artères commerciales. Les habitants se déplacent, discutent, s’arrêtent. Le quartier conserve une forme de lenteur devenue rare dans une métropole qui accélère.
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Cette lenteur n’est pas nécessairement synonyme de retard. Elle peut aussi être une forme de continuité. Sidi Daoud rappelle ainsi qu’une ville ne se transforme jamais partout à la même vitesse. À quelques centaines de mètres des quartiers les plus recherchés du Grand Tunis, un autre rythme continue d’exister.
Et c’est peut-être cela qui rend Sidi Daoud si singulier : ici, le temps ne s’est pas vraiment arrêté. Il avance simplement moins vite.