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Fissures et remise en cause !

par webdo.tn
lundi 31 mars 2014 16:22
dans Tunis-Hebdo
Fissures et remise en cause !
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Le vœu exprimé par Hamadi Jebali de démissionner de son poste de Secrétaire général d’Ennahdha a produit un effet politique non négligeable, non seulement au sein des rangs des Islamistes, mais aussi au sein de l’opinion publique.

Sur le plan interne relatif aux Islamistes, il est certain que cette «démission» ne constitue pas une véritable surprise en elle-même. Celui qui était présenté comme le numéro 2 du mouvement «Ennahdha» derrière le tout-puissant Rached Ghannouchi n’arrivait pas (plus !) à se faire entendre parmi les siens.

Cela est parti notamment de sa démission du poste de Chef de gouvernement et de sa proposition, à l’époque, de former un gouvernement de compétences pour poursuivre la période transitoire et mener le pays vers des élections.

Hamadi Jebali, malgré le haut rang occupé dans la hiérarchie d’Ennahdha, avait été «victime» d’une «campagne» hostile même au sein de son mouvement et a été même désavoué, puisque rien ne changea par la suite dans la perception des Islamistes et leur volonté de continuer à gouverner par le biais de la Troïka. Pratiquement écarté de l’appareil du parti, alors qu’il continuait à être théoriquement le second du mouvement Ennahdha, Hamadi Jebali entend jouer, aujourd’hui, un rôle différent sur la scène politique nationale.

Cependant, et avant d’aborder cet aspect de la question, il convient de souligner que cette démission n’est pas la première au sein d’Ennahdha. La première, et qui a abouti à la création d’un nouveau parti politique, fut celle de Riadh Chaibi, qui représente le courant convaincu de l’incapacité du mouvement, tel qu’il est organisé actuellement, à supporter les charges du pouvoir prônant une forme de renoncement à la fonction de prédication pour se transformer en un parti politique moderne, porteur d’un projet économique et social. D’ailleurs, Riadh Chaibi et ses «partisans» ont clairement indiqué que leurs références idéologiques s’écartent de la religion.

Cette «première» dans le mouvement islamiste après la révolution démontre qu’il s’est produit des fissures au sein d’Ennahdha qui apparaissait jusque-là comme une citadelle aux fondements solides et inébranlables. La solidarité de ses membres apparaissait comme loin des dissensions éventuelles que l’on voyait, par exemple, dans les autres partis politiques dont certains ont connu des défections massives.

Cette unité semblait inexpugnable en raison de la présence du «guide» suprême, Rached Ghannouchi, patriarche qui fait la pluie et le beau temps au sein du mouvement, et dont l’autorité et l’ascendant n’ont jamais été mis en doute. Il s’agit de la référence ultime de l’homme qui prend les dernières décisions que l’on ne peut contester.

Cela demeurait possible sans l’expérience du pouvoir qui semble avoir été décisive dans les changements attendus ou qui se préparent au sein du mouvement islamiste. Cette expérience, qui a montré les limites des Islamistes dans la conduite des affaires de l’Etat, et achevée sur le terrible constat d’un échec historique, avec un bilan désastreux sur tous les plans, politique, économique et social.
C’est dans cet esprit qu’est intervenue la «démission» de Hamadi Jebali.

Sans reconnaître franchement, et contre tout bon sens, son échec personnel dans la conduite du premier gouvernement de la Troïka, Hamadi Jebali veut, aujourd’hui, se draper dans un nouveau rôle, celui d’une personne qui se met « au service de la République » en tentant de se placer au-dessus de la mêlée partisane. Cette tentative de se transcender de sa part et cette volonté de se « libérer » de l’habit islamiste contraignant constitueraient, selon Hamadi Jebali, la meilleure démarche pour une éventuelle candidature aux élections présidentielles qui se profilent à l’horizon.

Hamadi Jebali voudrait convaincre les électeurs qu’il s’intéresse, désormais, à leurs préoccupations socio-économiques et à la situation générale dans le pays, pour tenter de le relancer et de relever les différents défis afin d’asseoir un nouveau régime politique.

Or, rien dans l’histoire et le passé de Hamadi Jebali ne lui est favorable. Si l’homme peut se prévaloir d’une certaine forme de probité, sa vision des choses telle qu’il l’a pratiquée alors qu’il était au pouvoir était archaïque et étriquée.

En fait, et en jouant sa carte personnelle, Hamadi Jebali compte rogner dans les rangs islamistes, Ennahdha pourrait, en fin de compte, en faire son candidat pour Carthage, mais n’oublie pas ses accointances régionales, le Sahel, où il pourrait éventuellement trouver des partisans, notamment ceux proches de Hamed Karoui, un ami de longue date, semble-t-il !

En tous les cas, que ce soit Riadh Chaibi ou Hamadi Jebali, ils ont, tous deux, lancé un véritable pavé dans la mare d’Ennahdha. Le mouvement islamiste est placé, aujourd’hui, dans un contexte qui l’oblige à s’adapter à son nouvel environnement national et international aussi. Les chancelleries occidentales, tout comme les régimes arabes, sont hostiles à une certaine vision politique telle que défendue jusque-là par les Islamistes. Des révisions fondamentales s’annoncent qui pourraient avoir des conséquences directes sur son unité. Ennahdha ira-t-elle jusqu’à l’implosion ?

Pas si sûr, à moins de remises en cause profondes de leur vision du pays et de leurs véritables options idéologiques, encore obnubilées par l’islamisation de la société…
Lotfi Larguet


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