Le gouvernement tunisien enclenche une nouvelle phase de sa transition énergétique en misant résolument sur la mobilité électrique. Objectif affiché : atteindre 50 mille véhicules électriques en circulation d’ici 2030. Pour y parvenir, un dispositif fiscal et financier inédit entre en vigueur dès 2026, accompagné d’un vaste plan de déploiement d’infrastructures de recharge sur l’ensemble du territoire.
Un choc fiscal pour réduire le coût d’acquisition
Dans une communication publiée par l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), les autorités détaillent un ensemble de mesures intégrées dans la loi de finances 2026, visant à rendre les véhicules électriques et hybrides rechargeables réellement compétitifs face aux modèles thermiques.
Premier levier : l’exonération totale des droits de douane et de la taxe de consommation à l’importation. À cela s’ajoute une réduction spectaculaire de la TVA, ramenée de 19% à 7%. Une baisse destinée à combler l’écart de prix à l’achat, principal frein à la démocratisation de ces véhicules.
Les avantages ne s’arrêtent pas à l’acquisition. Les propriétaires bénéficieront également d’une réduction de 50% sur les droits d’immatriculation (carte grise) et sur la vignette annuelle, allégeant ainsi le coût d’usage sur la durée.
Une prime directe et un soutien au crédit
Au-delà des incitations fiscales, le programme national de promotion de la mobilité électrique, entré en vigueur début 2026, introduit un mécanisme de soutien financier direct via le Fonds de transition énergétique (FTE).
Une prime de 10 mille dinars est accordée pour l’achat de tout véhicule électrique neuf destiné aux entreprises publiques, aux collectivités locales et aux professionnels. Une phase pilote cible en priorité les propriétaires de taxis individuels, secteur stratégique dans le paysage urbain.
Parallèlement, des facilités de financement sont prévues : l’État prend en charge une partie des marges d’intérêt appliquées aux crédits bancaires contractés pour l’achat d’un véhicule électrique. Une mesure qui vise à réduire le coût global du prêt et à encourager l’investissement des ménages comme des professionnels.
5 mille bornes pour accompagner la transition
La montée en puissance du parc électrique s’accompagne d’un plan d’infrastructures ambitieux : 5 mille bornes de recharge seront installées à travers le pays d’ici 2030. Ce maillage territorial est présenté comme une condition essentielle à l’adoption massive de la mobilité électrique, en garantissant accessibilité et autonomie aux usagers.
Derrière ces annonces, un impératif structurel : le secteur des transports pèse lourd dans le bilan énergétique national. Selon l’ANME, il représente environ 30% de la consommation finale d’énergie et plus d’un quart des émissions de gaz à effet de serre en Tunisie.
En visant 50 mille véhicules électriques à l’horizon 2030, les autorités entendent ainsi réduire la dépendance aux carburants fossiles, maîtriser la facture énergétique et accélérer la décarbonation du parc automobile tunisien.
Malgré une croissance récente du nombre de voitures électriques sur les routes tunisiennes – passant d’environ 250 en 2024 à quelque 570 à la fin du premier semestre 2025 – le parc demeure marginal. Seuls quelques centaines de véhicules électriques ont été vendus jusqu’à fin octobre 2025, sur un marché où des dizaines de milliers de voitures neuves continuent d’être importées et immatriculées chaque année.
Le nombre de véhicules électriques vendus a plus que doublé, mais il reste encore très limité alors que l’ambition affichée par les autorités est d’atteindre 125.000 voitures électriques et 12.000 bornes de recharge publiques à l’horizon 2035, selon Abdelhamid Gannouni, directeur de l’efficacité énergétique dans le secteur des transports à l’ANME, et responsable du projet de mobilité électrique en Tunisie.