Le secteur tunisien du phosphate affiche une nouvelle ambition : porter la production de phosphate marchand à 9,4 millions de tonnes à l’horizon 2035, avec un plan d’investissement estimé à près de 2,7 milliards de dinars. Présentée jeudi devant la Commission des finances et du budget du Conseil national des régions et des districts, cette feuille de route intervient alors que la CPG et le GCT restent confrontés à des difficultés financières, logistiques et industrielles persistantes. L’objectif est d’autant plus ambitieux que la production moyenne de la dernière décennie n’a pas dépassé 3,2 à 3,4 millions de tonnes par an, très loin des niveaux d’avant 2011.
Cette feuille de route a été présentée jeudi lors d’une séance de la Commission des finances et du budget au Conseil national des régions et des districts (CNRD), consacrée à l’examen de la situation du secteur phosphatier et des défis auxquels sont confrontées ses principales entreprises publiques.
Une relance ambitieuse malgré des obstacles persistants
Le président-directeur général de la CPG et du GCT, Omar Bouzouada, récemment nommé à la tête de ces deux entreprises, a indiqué que plusieurs parties prenantes, en coordination avec la Présidence du gouvernement, œuvrent à l’élaboration d’une vision réformatrice destinée à relancer le secteur.
Selon les données présentées lors de la séance, la production de phosphate devrait atteindre environ 4,5 millions de tonnes en 2026. Toutefois, plusieurs contraintes continuent de peser sur l’activité, notamment les difficultés de transport et l’insuffisance des ressources en eau utilisées pour le lavage du phosphate.
Il faut savoir que la production de phosphate commercial de la CPG, au cours des dix dernières années se situe à une moyenne de 3,2 à 3,4 millions de tonnes par an. Ces données montrent que la Tunisie est restée très loin de son niveau d’avant 2011, lorsque la production atteignait environ 8,2 millions de tonnes par an.
Ainsi, l’objectif de 9,4 millions de tonnes en 2035 représente près de trois fois la production moyenne enregistrée par la Tunisie au cours de la dernière décennie.
Pour répondre à ces défis, la CPG propose plusieurs mesures urgentes, parmi lesquelles la mobilisation de financements pour couvrir les besoins de trésorerie, l’accélération des exportations, le rééchelonnement des dettes, le renforcement du transport routier et ferroviaire ainsi que la sécurisation de l’approvisionnement en ammonitre.
Le GCT confronté à une dégradation de ses performances
Les responsables du Groupe chimique tunisien ont également dressé un état des lieux préoccupant de la situation de l’entreprise. Les indicateurs présentés font état d’une baisse du taux d’utilisation des unités de production et d’un recul des quantités de phosphate transformé.
Cette situation est attribuée notamment à la baisse de la production de la CPG, aux difficultés de trésorerie limitant l’approvisionnement en matières premières, ainsi qu’à la vétusté des équipements et à la multiplication des arrêts non programmés.
Face à ces difficultés, le programme de restructuration du groupe prévoit des opérations de maintenance, une meilleure sécurisation des approvisionnements, l’amélioration de la disponibilité des unités de production et l’accélération du projet « Mdhilla 2 ».
Les députés réclament des mesures urgentes
Lors des débats, plusieurs membres de la Commission ont souligné la nécessité d’accélérer la restructuration de la CPG et du GCT, estimant que le redressement du secteur est indispensable au regard de son rôle stratégique dans l’économie nationale.
Les parlementaires ont également demandé des éclaircissements sur l’avancement de la stratégie de développement, le renouvellement des équipements, la valorisation des produits phosphatés et les solutions envisagées pour réduire la consommation d’eau industrielle, notamment à travers le recours aux eaux usées traitées.
En réponse, les responsables des deux groupes ont réaffirmé que le phosphate demeure un moteur essentiel de l’économie tunisienne. Ils ont indiqué que l’unification de la gouvernance entre la CPG et le GCT s’inscrit dans une nouvelle approche destinée à améliorer la performance du secteur.
La CPG prévoit par ailleurs d’atteindre une production de 5 millions de tonnes dès 2028, première étape vers l’objectif affiché de 9,4 millions de tonnes à l’horizon 2035.
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