Après plusieurs années marquées par une pression exceptionnelle sur les ressources hydriques, la Tunisie compte sur la mise en exploitation prochaine de plusieurs grands barrages pour renforcer sa sécurité hydrique. Alors que le pays reste confronté aux effets du changement climatique, à l’irrégularité des précipitations et à la baisse des réserves des barrages, une nouvelle génération d’ouvrages pourrait apporter un souffle nouveau au système hydraulique national.
Parmi les projets les plus attendus figure le barrage de Douimis, dans le gouvernorat de Bizerte. Selon le chargé de la gestion de la Direction générale des barrages et des grands travaux hydrauliques, Faïcel Khemiri, cet ouvrage devrait entrer en exploitation avant la fin de l’année 2026. Il permettra de mobiliser près de 45 millions de mètres cubes d’eau, qui seront transférés vers le barrage de Sajnane à travers le réseau de transfert des eaux du Nord. Cette infrastructure doit contribuer à renforcer l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation dans plusieurs régions, notamment Bizerte, le Grand Tunis, le Cap Bon, le Sahel et Sfax.
Les travaux du barrage de Douimis sont désormais dans leur phase finale, avec l’installation des équipements hydromécaniques, les opérations de consolidation du corps du barrage et les travaux de protection du déversoir. Les autorités ont appelé les entreprises en charge du projet à maintenir le rythme afin de garantir une entrée en exploitation dans les délais annoncés.
Mellègue 2 : près de 200 millions de mètres cubes supplémentaires attendus
Autre chantier stratégique : le barrage supérieur de Mellègue, dans le gouvernorat du Kef. Le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzeddine Ben Cheikh, a récemment appelé à accélérer les travaux, qui ont atteint environ 90 % d’avancement. La mise en exploitation de cet ouvrage est prévue pour le 15 septembre 2026.
Avec une capacité de stockage estimée à près de 200 millions de mètres cubes, Mellègue 2 représente l’un des projets majeurs de renforcement des capacités hydrauliques du pays. D’un coût estimé à 276 millions de dinars, il remplacera l’ancien barrage de Mellègue-Nebeur et permettra de mieux mobiliser les eaux du bassin de la Medjerda.
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Au-delà du stockage, l’ouvrage doit également avoir un impact économique et agricole important. Il permettra notamment de créer de nouvelles zones irriguées couvrant près de 13 000 hectares dans les délégations de Sakiet Sidi Youssef, Thala et Kef Ouest, tout en contribuant à la protection de plusieurs villes du Nord-Ouest contre les risques d’inondation.
Les autorités veulent également profiter de la prochaine saison des pluies pour commencer rapidement le remplissage de la retenue. L’enjeu est donc de finaliser les dernières étapes du chantier avant l’arrivée des précipitations afin de valoriser pleinement les apports hydriques.
Raghai et les autres projets : compléter le maillage hydraulique national
Dans le gouvernorat de Jendouba, le barrage de Raghai fait également partie des projets suivis de près par les services du ministère de l’Agriculture. Une visite de terrain a permis d’évaluer l’état d’avancement du chantier et d’appeler au renforcement de la coordination entre les différents intervenants afin de surmonter les difficultés et respecter les délais contractuels.
Ce projet s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer le rôle du Nord-Ouest comme principal réservoir hydraulique du pays. La région concentre une grande partie des ressources en eau de surface, mais ces ressources doivent être mieux stockées et transférées vers les zones où la demande est la plus forte.
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D’autres ouvrages participent également à cette dynamique, notamment les barrages de Kalaâ Kebira à Sousse et Khalled à Béja, ainsi que des projets d’extension et de réhabilitation d’infrastructures existantes. L’objectif est d’augmenter progressivement la capacité nationale de mobilisation des eaux de surface et d’améliorer la résilience du système face aux périodes de sécheresse.
Un tournant possible, mais pas une réponse définitive à la crise de l’eau
L’entrée en exploitation simultanée de plusieurs grands barrages pourrait constituer un véritable tournant pour la Tunisie. Les volumes supplémentaires attendus devraient offrir davantage de marges de manœuvre pour l’alimentation en eau potable, l’agriculture irriguée et la gestion des périodes de stress hydrique.
Mais ces infrastructures ne représentent qu’une partie de la réponse. La Tunisie doit encore faire face à des défis structurels : la diminution des précipitations, l’évaporation accélérée liée à la hausse des températures, l’envasement des barrages existants et les pertes enregistrées dans les réseaux de distribution.
Le pays poursuit ainsi une stratégie plus large combinant mobilisation des eaux de surface, dessalement de l’eau de mer, réutilisation des eaux traitées et modernisation des réseaux. Les nouveaux barrages peuvent apporter un « sursaut hydraulique » attendu, mais leur efficacité dépendra aussi de la capacité à mieux gérer chaque ressource disponible.