La Tunisie reste l’une des destinations étrangères les plus prisées des Algériens, mais son image fait actuellement l’objet d’une série de publications particulièrement critiques dans plusieurs médias algériens en ligne. Depuis le début de l’été 2026, plusieurs articles insistent sur les difficultés de la destination tunisienne, la concurrence de l’Égypte et de la Turquie ou encore une supposée baisse de son attractivité, outre des articles sur les coupures d’électricité et la pénurie de l’eau minérale.
La multiplication de ces contenus interpelle, d’autant que la Tunisie demeure un marché touristique majeur pour les voyageurs algériens.
L’un des exemples les plus explicites est un article publié le 20 juin par le média Algérie Patriotique sous le titre particulièrement évocateur : « Quand la Turquie ouvre grand ses portes aux Algériens : la Tunisie paie le prix de ses erreurs ». Le papier oppose directement l’offre touristique turque à celle de la Tunisie et présente les évolutions des habitudes de voyage des Algériens comme la conséquence des « erreurs » tunisiennes.
Le titre, à lui seul, marque une rupture avec une approche strictement factuelle de la concurrence touristique régionale. Il installe l’idée d’une perte d’attractivité de la Tunisie au profit de la Turquie.
L’Égypte présentée comme la nouvelle rivale
Quelques semaines plus tard, le média spécialisé Visas & Voyages Algérie publiait, le 17 juillet, un article intitulé : « Vacances all inclusive : l’Égypte dépasse la Tunisie chez les Algériens, la Turquie trop chère ».
L’article affirme que les habitudes de voyage des Algériens évoluent et met en avant la progression de l’Égypte sur le marché touristique algérien, tout en comparant les prestations proposées par les trois destinations.
Le 9 août, le même média est revenu à la charge avec un nouveau titre : « Touristes algériens : une nouvelle destination vient concurrencer la Tunisie », consacré une nouvelle fois à la progression de l’Égypte. Le média présente cette dernière comme un marché régional de plus en plus attractif pour les touristes algériens, traditionnellement nombreux à choisir la Tunisie.
Dans cette même veine, Visas & Voyages Algérie a consacré un article à la pénurie d’eau minérale rencontrée en Tunisie durant l’été, sous un titre particulièrement alarmiste : « Pénurie d’eau minérale en Tunisie : énième galère pour les touristes cet été ». Le choix du terme « énième galère » ne se limite pas à rendre compte d’une difficulté ponctuelle : il inscrit cet épisode dans une succession supposée de problèmes auxquels seraient confrontés les touristes en Tunisie.
Cette succession d’articles contribue à installer une même narration : celle d’une Tunisie qui serait progressivement rattrapée, voire dépassée, par ses concurrentes régionales.
Les Français aussi seraient en train de délaisser la Tunisie
Autre angle utilisé par Visas & Voyages Algérie : la clientèle française. Le 7 juillet, le média publiait ainsi un article titré « Tunisie : les réservations des Français en baisse pour les vacances d’été ». Le contenu souligne que la Tunisie reste une destination importante pour les touristes français, tout en mettant l’accent sur une baisse de son attractivité au début de la saison estivale 2026.
Pris isolément, ce type d’article relève naturellement de l’actualité touristique. Mais mis en parallèle avec les publications consacrées à la concurrence de l’Égypte et de la Turquie sur le marché algérien, il participe à une image éditoriale globalement moins favorable à la destination tunisienne.
Une tendance qui n’est pourtant pas partagée par tous les médias algériens
Il serait toutefois trompeur de présenter la presse algérienne comme unanimement hostile à la Tunisie.
Le média TSA Algérie a récemment publié un article beaucoup plus favorable intitulé « Tunisie : l’arrivée massive des touristes algériens dope l’économie ». L’article évoque notamment une hausse de 24,31 % des arrivées de touristes algériens dans la région de Jendouba et souligne l’impact économique de cette clientèle sur les régions frontalières tunisiennes.
Plus récemment, Algerie360 a également consacré un article à Yasmine Hammamet, présenté comme une destination attractive pour les familles algériennes, mettant en avant ses infrastructures touristiques et son offre hôtelière.
Une bataille pour le touriste algérien
Au-delà de la question d’une éventuelle « campagne », ces publications révèlent surtout une réalité : le touriste algérien est devenu un marché stratégique pour plusieurs destinations méditerranéennes et moyen-orientales.
La Turquie cherche à renforcer son attractivité, l’Égypte développe son offre all inclusive et l’Algérie elle-même cherche à retenir davantage ses touristes sur son marché intérieur. La Tunisie se retrouve donc au cœur d’une compétition régionale de plus en plus intense.
Cette compétition explique probablement en partie la multiplication des comparaisons dans la presse algérienne. Mais certains titres vont plus loin que la simple comparaison commerciale, notamment lorsque la responsabilité de la Tunisie est directement mise en cause, comme dans le cas d’Algérie Patriotique et de son titre sur les « erreurs » tunisiennes.
Une image médiatique à mettre en perspective
Le paradoxe est que la réalité des flux touristiques ne correspond pas nécessairement au récit d’un désamour massif.
La Tunisie continue d’attirer un nombre considérable de visiteurs algériens. TSA rapportait déjà fin 2025 une forte progression des arrivées algériennes dans les régions frontalières tunisiennes, tandis que les liaisons terrestres, ferroviaires et routières entre les deux pays continuent de faciliter les déplacements.
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Il existe donc un décalage entre deux réalités : d’un côté, une concurrence touristique qui s’intensifie réellement ; de l’autre, une narration médiatique qui peut donner l’impression d’un recul beaucoup plus spectaculaire de la destination tunisienne.
À ce stade, rien ne permet d’affirmer qu’une campagne concertée aurait été organisée contre la Tunisie. En revanche, la succession, au cours de l’été 2026, de titres mettant en avant les « erreurs » tunisiennes, la concurrence de l’Égypte et de la Turquie et une prétendue perte d’attractivité auprès des Français et des Algériens constitue une tendance éditoriale qui mérite d’être observée.
Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse ainsi la seule saison touristique : il concerne également son image auprès de son principal marché régional et sa capacité à répondre à une concurrence de plus en plus agressive sur le terrain de l’offre, des prix et de la qualité des services.