Pour Alger, la sécurité de la Tunisie ne relève pas seulement du bon voisinage. Lors de son entretien périodique avec la presse nationale, le président Abdelmadjid Tebboune a affirmé que ceux qui chercheraient à déstabiliser la Tunisie viseraient en réalité l’Algérie. Une déclaration qui illustre la doctrine sécuritaire défendue depuis plusieurs années par les autorités algériennes.
« On veut déstabiliser la Tunisie à cause de l’Algérie »
Interrogé sur la situation régionale et les menaces pesant sur son pays, Abdelmadjid Tebboune s’est arrêté sur le cas tunisien.
« Tunisie, ça c’est clair, parce qu’on veut déstabiliser la Tunisie à cause de l’Algérie… pour pouvoir la manger, la bouffer facilement. Et on ne laissera pas faire » (1 h 46 min 20), déclare-t-il.
Quelques instants plus tard, il ajoute : « Ce jeu-là doit avoir des limites », avant d’assurer que l’Algérie continuera à défendre sa sécurité ainsi que celle de son environnement régional.
Une formule imagée par laquelle le président algérien exprime sa conviction qu’un affaiblissement durable de la Tunisie faciliterait, à terme, des pressions contre l’Algérie.
Le président algérien ne désigne toutefois aucun État ni aucune organisation et ne précise pas les acteurs auxquels il fait référence.
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Une doctrine désormais bien établie
Le fond du message n’est pas nouveau. Depuis plusieurs années, Alger considère que la stabilité de la Tunisie constitue un intérêt stratégique majeur.
Cette position s’est progressivement renforcée avec les bouleversements qu’a connus la région : guerre en Libye, instabilité persistante au Sahel, menace terroriste et développement des réseaux de trafic transfrontaliers ont conduit les autorités algériennes à faire de la sécurité de leurs frontières une priorité.
Dans cette lecture stratégique, la Tunisie est perçue comme un partenaire essentiel. Une dégradation durable de la situation politique ou sécuritaire chez son voisin oriental aurait inévitablement des répercussions sur l’Algérie, qui partage avec la Tunisie près de 1 000 kilomètres de frontière.
Un soutien affiché à Tunis
Cette vision s’est traduite ces dernières années par un rapprochement constant entre Alger et Tunis.
Le 7 octobre 2025, les deux pays ont signé à Alger un accord de coopération militaire renforçant l’entraînement conjoint, l’échange d’informations et la coordination face aux menaces transfrontalières. Fin décembre 2025, Abdelmadjid Tebboune avait d’ailleurs dû défendre publiquement cet accord après la diffusion d’un faux document prétendant révéler des clauses portant atteinte à la souveraineté tunisienne.
Les rencontres entre les présidents Kaïs Saïed et Abdelmadjid Tebboune se sont également multipliées, tandis que les deux pays ont renforcé leur coopération dans les domaines de l’énergie, de l’économie et de la sécurité.
Une lecture géopolitique de la région
Les propos du président algérien interviennent dans un contexte marqué par les crises au Sahel, les incertitudes en Libye, les rivalités d’influence au Maghreb et les tensions persistantes au Moyen-Orient.
Dans cette vision géopolitique, la Tunisie apparaît comme un maillon essentiel de la stabilité régionale. Son affaiblissement pourrait, selon les autorités algériennes, avoir des conséquences dépassant largement ses frontières.
Sans apporter davantage de précisions sur les acteurs auxquels il fait référence, Abdelmadjid Tebboune réaffirme ainsi une conviction déjà exprimée à plusieurs reprises : pour Alger, la stabilité de la Tunisie constitue aussi une condition de la sécurité de l’Algérie.