Avec 33 000 détenus pour 17 000 places officielles, les prisons tunisiennes affichaient un taux d’occupation de 194,1 % en mai 2025, selon le World Prison Brief. Face à cette situation, le ministère de la Justice a inscrit plusieurs projets de construction et d’extension dans son budget 2026. Mais entre déficit structurel de places et recours important à la détention provisoire, ces investissements suffiront-ils à inverser durablement la tendance ?
De nouvelles prisons pour augmenter les capacités
Le programme d’investissement 2026 du ministère de la Justice prévoit la construction d’une nouvelle prison à Béja, la réalisation d’un complexe pénitentiaire réservé aux femmes à Monastir, l’extension de la prison de Borj Erroumi ainsi que l’aménagement d’une unité hospitalière à la prison de La Rabta. Le recrutement de 446 caporaux pour les prisons est également prévu pour accompagner ces projets, sur un total de 1 213 nouveaux postes annoncés pour la mission Justice.
Ces annonces s’ajoutent à un engagement antérieur. En août 2025, le porte-parole de la Direction générale des prisons et de la rééducation (CGPR), Kemleddine Ben Hassen, avait annoncé sur Jawhara FM l’ajout de 1 000 lits dans le parc pénitentiaire, ainsi que l’installation de cabines téléphoniques permettant aux détenus de contacter leurs familles sous surveillance. Cette annonce intervenait après la diffusion de reportages montrant des détenus dormant à même le sol ou dans les toilettes faute de place.
L’écart entre la capacité officielle des prisons (17 000 places) et la population carcérale recensée en mai 2025 (33 000 détenus) est d’environ 16 000 places. Les nouvelles infrastructures devraient donc améliorer progressivement les capacités d’accueil, sans toutefois combler à elles seules ce déficit.
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Un défi qui dépasse la seule question des infrastructures
Plusieurs spécialistes et organisations de défense des droits humains estiment que la surpopulation carcérale trouve aussi son origine dans le recours important à la détention provisoire, la durée de certaines procédures judiciaires et le développement encore limité des peines alternatives. Le World Prison Brief indique que les prévenus représentaient 54,9 % de la population carcérale en 2021, illustrant le poids de la détention préventive dans les établissements pénitentiaires.
Les grâces présidentielles offrent régulièrement un allègement ponctuel. En 2026, trois décrets de grâce se sont succédé : 1 473 libérations, 835 réductions de peine et 416 libérations conditionnelles à l’occasion de l’Aïd El Fitr et du 70e anniversaire de l’indépendance ; 1 187 libérations et 187 libérations conditionnelles pour l’Aïd el-Idha ; puis 2 439 libérations et 490 libérations conditionnelles à l’occasion du 69e anniversaire de la République, le 23 juillet.
Ces mesures ont permis de réduire ponctuellement la population carcérale, mais elles ne répondent pas, à elles seules, aux causes structurelles de la surpopulation.
Les projets de nouvelles prisons témoignent de la volonté de l’État de renforcer les capacités du parc pénitentiaire, sous la houlette du Comité général des prisons et de la rééducation (CGPR), dirigé par Hatem Zoghlami depuis juin 2024. Leur efficacité dépendra toutefois aussi de l’évolution des politiques pénales et du recours à des alternatives à l’incarcération. Sans ces réformes, les nouveaux établissements risquent, à terme, d’être confrontés aux mêmes difficultés que les prisons actuelles.
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