Le chiffre peut surprendre. En un peu plus d’un an, le total des actifs des banques offshore installées en Tunisie est passé de 6,57 milliards de dinars à moins de 4,9 milliards de dinars. Une baisse de près de 26% qui pourrait faire penser à une crise du secteur. Pourtant, les statistiques de la Banque centrale de Tunisie racontent une tout autre histoire : celle de la fin d’un mécanisme qui gonflait artificiellement les bilans depuis plusieurs années.
Selon le Bulletin des statistiques financières de la BCT (BSF n°234), le total actif des banques offshore est passé de 6,572 milliards de dinars en décembre 2024 à 4,996 milliards en août 2025, avant de se stabiliser autour de 4,8 à 4,9 milliards de dinars début 2026.
Pourquoi les bilans avaient autant grossi
Durant plusieurs années, les banques offshore ont bénéficié d’un contexte monétaire particulièrement favorable. Détenant des liquidités en devises issues de leur clientèle non résidente, elles pouvaient les placer auprès de la Banque centrale dans un environnement de taux élevés.
Cette stratégie présentait un avantage évident : elle permettait de générer des revenus sans développer davantage l’activité bancaire traditionnelle. Les bilans se sont ainsi progressivement gonflés grâce à ces placements, donnant l’image d’un secteur plus important qu’il ne l’était réellement.
Les statistiques de la BCT montrent d’ailleurs qu’à la fin de l’année 2024, les créances des banques offshore sur la Banque centrale dépassaient encore le milliard de dinars.
Le tournant de 2025
L’année 2025 marque toutefois un changement de contexte.
Face au ralentissement de l’inflation, la Banque centrale a entamé un cycle d’assouplissement monétaire. Son taux directeur, qui avait atteint 8%, a été ramené à 7,5% en mars 2025 puis à 7% à la fin de l’année.
Avec des rendements devenus moins attractifs, les banques offshore ont progressivement réduit leurs placements auprès de la BCT et réorienté leurs liquidités vers d’autres supports, notamment les marchés financiers et interbancaires internationaux.
Résultat : les actifs du secteur se sont contractés rapidement, sans que cela traduise nécessairement une baisse équivalente de l’activité bancaire réelle.
Une taille plus proche de la réalité
La chute observée depuis 2025 ressemble donc davantage à une normalisation qu’à une dégradation.
Une fois retiré l’effet des placements auprès de la Banque centrale, le secteur offshore tunisien apparaît désormais dans des proportions plus proches de son activité économique réelle. Son cœur de métier reste le financement et les opérations avec les non-résidents, et non la gestion de liquidités placées auprès de la banque centrale.
Autrement dit, le recul de plus d’un quart du bilan consolidé ne signifie pas que les banques offshore ont perdu un quart de leur clientèle ou de leur activité. Il reflète surtout la disparition d’un facteur exceptionnel qui gonflait mécaniquement leurs actifs.
Toutes les banques offshore ne sont pas logées à la même enseigne
Le secteur offshore tunisien compte officiellement sept établissements : Citibank Offshore, Tunisian Foreign Bank (TF Bank), Tunis International Bank (TIB), Loan and Investment Company (LINC), North Africa International Bank (NAIB), Alubaf International Bank et Arab Banking Corporation Offshore.
Derrière les statistiques consolidées, les situations restent toutefois très différentes d’une banque à l’autre. Les établissements disposant d’une activité commerciale diversifiée semblent mieux armés pour évoluer dans un environnement de taux plus faibles.
Le cas de Loan and Investment Company (LINC) continue également d’interroger. L’établissement figure toujours dans la liste officielle des banques offshore publiée par la BCT alors qu’il n’exerce plus d’activité opérationnelle significative, illustrant la question plus large du devenir de certaines licences bancaires historiques.
La fin d’une rente discrète
Au-delà des chiffres, l’évolution observée depuis 2025 marque peut-être la fin d’un modèle.
Pendant plusieurs années, une partie de la rentabilité du secteur reposait sur la possibilité de capter des devises puis de les replacer auprès de la Banque centrale dans un environnement de taux élevés. Avec le retour à des conditions monétaires plus normales, cette source de revenus perd de son importance.
La question qui se pose désormais n’est donc plus celle de la taille apparente des bilans, mais celle de la capacité des banques offshore à développer une activité bancaire réelle et durable.
La baisse de leurs actifs n’est pas forcément un signal d’alerte. Elle ressemble davantage à un retour à la réalité.
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