Le « zgougou », nom tunisien donné aux graines du pin d’Alep, se fait plus rare sur le marché tunisien. La baisse de la production, liée notamment aux incendies ayant ravagé des superficies forestières, aux perturbations climatiques et à la diminution du nombre de personnes disposées à effectuer la récolte, contribue à maintenir les prix à des niveaux élevés.
Dans une déclaration à Jawhara FM, le membre du bureau exécutif de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP), Tarek Mekhzoumi, a confirmé un recul de la production de graines de pin d’Alep. Selon lui, les incendies qui ont touché d’importantes superficies forestières au cours de l’année écoulée ont directement affecté les zones productrices.
Une récolte particulièrement dépendante du climat
La campagne de récolte du « zgougou » s’étend généralement de décembre à avril. Or, les conditions météorologiques enregistrées durant la dernière saison, particulièrement dans le Nord-Ouest, ont réduit le nombre de jours durant lesquels les familles pouvaient travailler en forêt.
À cette contrainte climatique s’ajoute l’impact plus structurel du changement climatique sur les forêts de pin d’Alep. Les sécheresses, les épisodes météorologiques extrêmes et les incendies répétés fragilisent progressivement les écosystèmes forestiers et peuvent affecter la disponibilité du produit.
Les données disponibles montrent l’importance économique de cette ressource. En 2024, les forêts de pin d’Alep couvraient environ 360.000 hectares en Tunisie, soit près de la moitié de la superficie forestière nationale, même si seule une partie de ces espaces est effectivement exploitée chaque année.
Un métier pénible qui attire de moins en moins
La baisse de l’offre ne s’explique toutefois pas uniquement par les incendies. Tarek Mekhzoumi évoque également un désintérêt croissant des familles pour cette activité, particulièrement éprouvante.
La récolte et l’extraction des graines reposent encore largement sur des méthodes traditionnelles et nécessitent un important effort physique. Selon des déclarations rapportées par Diwan FM, l’extraction peut notamment s’effectuer dans des conditions de chaleur particulièrement difficiles, tandis que l’absence de mécanisation moderne complique davantage le travail.
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Cette pénibilité pose ainsi une question économique plus large : alors que la demande augmente, la main-d’œuvre disponible pour récolter le produit tend à se réduire.
Du produit forestier à un ingrédient de l’industrie agroalimentaire
Autre facteur expliquant la pression sur les prix : le « zgougou » n’est plus consommé uniquement comme ingrédient de la traditionnelle « assida zgougou », préparée notamment à l’occasion du Mouled.
Selon Mekhzoumi, le produit est désormais utilisé tout au long de l’année par l’industrie agroalimentaire, notamment dans la fabrication de yaourts, de pâtisseries et d’autres produits transformés. Cette diversification des usages a mécaniquement élargi la demande.
La filière s’est ainsi progressivement transformée : les familles qui récoltent le produit peuvent le vendre directement ou céder leur récolte à des grossistes, lesquels l’acheminent ensuite vers les commerces, les grandes surfaces et les entreprises de transformation.
Jusqu’à 50 dinars le kilo
Dans ce contexte de recul de l’offre et de progression de la demande, le prix du « zgougou » se situe actuellement entre 48 et 50 dinars le kilogramme, voire davantage selon les régions, d’après Tarek Mekhzoumi.
Une autre déclaration récente du même responsable situe également le prix autour de 50 dinars, avec des écarts pouvant atteindre environ 56 dinars selon la distance de transport et les coûts d’acheminement vers les autres gouvernorats.
Le phénomène n’est pas nouveau. En 2025, le prix du kilogramme oscillait déjà autour de 44 à 50 dinars dans certaines zones, tandis que la production était affectée par les incendies ayant touché notamment des forêts de Siliana.
Le « zgougou » tunisien se retrouve donc au croisement de plusieurs enjeux : changement climatique, protection des forêts, conditions de travail des récolteurs et transformation de la demande alimentaire. Une évolution qui pourrait continuer à peser sur les prix si la production forestière et les conditions de récolte ne parviennent pas à suivre l’augmentation de la demande.