La Tunisie s’est retrouvée au cœur du discours du président algérien Abdelmadjid Tebboune. Dans un extrait de son entretien périodique avec les médias algériens diffusé lundi soir, le chef de l’État a lancé un avertissement particulièrement ferme à toute organisation ou acteur qui tenterait d’utiliser le terrorisme contre la Tunisie, réaffirmant ainsi la solidarité sécuritaire entre Alger et Tunis.
« Celui qui veut amener le terrorisme en Tunisie ou menacer la Tunisie par le terrorisme, nous lui détruirons la tente de ses parents », a déclaré Abdelmadjid Tebboune. Derrière cette formule populaire algérienne se cache un message sans ambiguïté : l’Algérie promet une réponse implacable à toute tentative de déstabilisation de son voisin oriental.
Selon ses dires, « certains veulent déstabiliser la Tunisie pour s’en prendre à l’Algérie et celui qui touchera à la sécurité de la Tunisie touche à celle de l’Algérie ».
Un message qui dépasse la simple rhétorique
Si le ton employé peut surprendre, le fond du message s’inscrit dans une doctrine sécuritaire constante d’Alger. Depuis plusieurs années, les autorités algériennes considèrent que la stabilité de la Tunisie relève directement de leur propre sécurité nationale.
Les deux pays partagent près de 1 000 kilomètres de frontière, dont une importante partie est montagneuse et a longtemps servi de refuge à des groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) puis à d’autres organisations armées. Après les attaques terroristes qui ont frappé la Tunisie entre 2013 et 2016, la coopération sécuritaire entre Tunis et Alger s’est considérablement renforcée grâce à un échange permanent de renseignements, des patrouilles coordonnées et des opérations militaires conjointes dans les zones frontalières.
Le message de Tebboune apparaît ainsi comme une réaffirmation publique d’une politique déjà appliquée sur le terrain depuis plusieurs années.
Une déclaration dans un contexte régional tendu
L’intervention du président algérien intervient alors que la région fait face à une dégradation persistante de la situation sécuritaire au Sahel. Les coups d’État successifs, le retrait de plusieurs forces occidentales et la progression de groupes armés dans certaines zones du Mali, du Niger et du Burkina Faso nourrissent les inquiétudes des pays d’Afrique du Nord.
Sans désigner un acteur précis, Tebboune a clairement laissé entendre que toute instrumentalisation du terrorisme contre la Tunisie constituerait une ligne rouge pour Alger. Son propos intervient également dans un contexte où les autorités algériennes multiplient les déclarations sur la nécessité de préserver la stabilité de leurs frontières et de leurs voisins immédiats.
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Une relation stratégique renforcée depuis 2021
Depuis l’arrivée de Kaïs Saïed au pouvoir après le 25 juillet 2021, les relations entre Tunis et Alger se sont nettement resserrées.
Les visites bilatérales se sont multipliées, tout comme les accords de coopération dans les domaines énergétique, économique et sécuritaire. L’Algérie est également devenue un partenaire essentiel pour la Tunisie en matière d’approvisionnement énergétique et de soutien économique, tandis que les deux présidents affichent régulièrement leur convergence sur plusieurs dossiers régionaux, notamment la Libye et la question palestinienne.
Dans ce contexte, les déclarations de Tebboune ne constituent pas un simple message diplomatique mais traduisent la volonté d’Alger d’afficher publiquement que la sécurité tunisienne demeure un enjeu stratégique majeur.
Un signal adressé autant aux groupes armés qu’aux puissances régionales
Le choix des mots employés par Tebboune dépasse enfin le seul cadre de la lutte antiterroriste. En affirmant que toute menace contre la Tunisie recevrait une réponse écrasante, le président algérien adresse également un message aux acteurs régionaux susceptibles d’utiliser l’instabilité sécuritaire comme levier d’influence.
Cette prise de position confirme que, pour Alger, la Tunisie constitue aujourd’hui un élément central de son dispositif de sécurité régionale. Dans un Maghreb marqué par les tensions diplomatiques et un Sahel toujours plus instable, l’Algérie entend rappeler qu’elle ne restera pas spectatrice face à une éventuelle dégradation de la situation sécuritaire chez son voisin tunisien.