Le ministère de la Santé prépare un projet de loi visant à actualiser la loi n°98-17 de 1998 relative à la prévention des méfaits du tabagisme. L’annonce a été faite dimanche 7 juin par Fayçal Semmali, superviseur du Programme national de lutte contre le tabagisme, lors d’une intervention sur les ondes de la Radio nationale. L’objectif : intégrer les cigarettes électroniques et les nouveaux produits nicotiniques dans un cadre légal adopté il y a près de trente ans, quand ces produits n’existaient pas encore.
Un problème documenté, des chiffres qui interpellent
Le tabagisme chez les mineurs en Tunisie n’est pas un phénomène émergent — il est documenté et quantifié. Selon une étude conjointe des ministères de la Santé et de l’Éducation, réalisée en collaboration avec l’OMS, 22,8% des adolescents âgés de 13 à 15 ans consomment des produits du tabac sous différentes formes, dont 14,1% fument des cigarettes. Plus préoccupant encore : 23% des enfants ayant commencé à fumer l’ont fait avant l’âge de sept ans.
Les cigarettes électroniques aggravent le tableau. Selon Hatem Bouzaiane, président de la Coalition tunisienne contre le tabac, plus de 17% des mineurs en utilisaient déjà en 2023, séduits par des arômes attractifs et une forte présence sur les réseaux sociaux. C’est également lui qui a mis en avant, lors d’un séminaire organisé par la direction régionale de santé de Ben Arous en février 2025, le chiffre de 13.200 décès annuels liés au tabac en Tunisie — un chiffre que Semmali a repris dimanche.
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L’accès facile : le nœud du problème
La vraie question n’est pas législative, elle est pratique. Un rapport ministériel de 2017 — soit il y a neuf ans — révélait déjà que 76,1% des adolescents fumeurs de 13 à 15 ans déclaraient avoir pu acheter des cigarettes sans difficulté au cours du mois précédant l’enquête. Les contrôles d’âge demeuraient rares, les sanctions peu visibles.
Dès décembre 2017, le ministère de la Santé avait déjà présenté à la Présidence du gouvernement un projet de loi prévoyant l’interdiction de vente de tabac aux moins de 18 ans. En février 2025, la Coalition tunisienne contre le tabac avait à son tour soumis une proposition similaire au ministère. Deux projets, aucun aboutissement.
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Les voisins ont déjà agi
La comparaison régionale est instructive. L’Algérie vient d’adopter un décret exécutif imposant la mention « Interdiction de vente par et aux mineurs » sur tous les emballages de cigarettes électroniques. Le Maroc, de son côté, a instauré depuis février 2026 une norme obligatoire encadrant les e-cigarettes, les e-liquides et les sachets de nicotine — un marché qui évoluait jusque-là sans règles précises. La Tunisie, elle, attend encore.
La réforme est nécessaire. L’application le sera davantage.
La révision de la loi de 1998 s’impose pour encadrer des produits qui n’existaient pas à l’époque de son adoption. Mais l’histoire récente invite à la prudence : entre la proposition de la Coalition en 2025, les alertes répétées de l’OMS et les annonces successives des responsables de santé, le décalage entre les intentions affichées et la réalité du terrain reste entier.
La question n’est plus de savoir si la Tunisie a besoin d’une nouvelle loi. Elle est de savoir si cette loi, une fois adoptée, sera réellement appliquée.