Alors que les frappes américaines contre l’Iran semblent marquer une pause — Washington n’a annoncé aucune nouvelle attaque depuis vendredi après treize nuits consécutives d’escalade — le conflit continue de s’étendre. En l’espace de quelques heures, deux espaces maritimes stratégiques ont été touchés : la mer Rouge, où les Houthis ont revendiqué des attaques contre des installations pétrolières saoudiennes, et la mer Caspienne, où l’Iran accuse l’Ukraine d’avoir visé un navire commercial iranien.
Cette extension géographique illustre une nouvelle phase d’un conflit qui dépasse désormais largement le cadre du Moyen-Orient et menace plusieurs routes essentielles du commerce mondial.
La mer Rouge sous pression, la Caspienne entre dans le conflit
En mer Rouge, les rebelles houthis, soutenus par Téhéran, affirment avoir lancé des missiles et des drones contre des installations du groupe pétrolier saoudien Aramco à Jizan et Yanbu.
Des images géolocalisées analysées par CNN montrent un important panache de fumée près de la raffinerie de Jizan. Les données satellitaires de la plateforme américaine NASA FIRMS font également apparaître plusieurs anomalies thermiques sur le site. Aramco n’a toutefois confirmé ni dégâts ni victimes.
Cette attaque intervient alors que Yanbu est devenue un axe stratégique pour les exportations pétrolières saoudiennes via la mer Rouge, permettant de contourner le détroit d’Ormuz, fortement perturbé depuis le début de la crise.
Cette nouvelle escalade survient après une semaine particulièrement agitée sur les marchés pétroliers. Jeudi, le Brent avait brièvement franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril avant de clôturer à 100,69 dollars, puis de retomber à 96,78 dollars vendredi. Malgré ce repli, les cours restent sous tension, une situation suivie de près par les pays importateurs d’énergie comme la Tunisie.
Dans le même temps, Téhéran a convoqué le chargé d’affaires ukrainien après une attaque attribuée à Kiev contre un navire commercial iranien en mer Caspienne. Selon les autorités iraniennes, un marin a été tué et un autre blessé.
Ni l’identité du navire cité par l’Iran ni son éventuel lien avec les bâtiments que l’Ukraine affirme avoir ciblés n’ont toutefois pu être établis de manière indépendante.
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Pourquoi la mer Caspienne devient-elle stratégique ?
Longtemps restée à l’écart des combats, la mer Caspienne pourrait devenir un nouveau point de friction entre Moscou, Téhéran et Kiev.
Elle constitue un maillon essentiel du corridor international Nord-Sud, destiné à relier la Russie au golfe Persique via l’Iran. Cette voie est également considérée par plusieurs experts comme un axe logistique important pour les échanges de marchandises et, selon certaines analyses occidentales, pour le transport de matériels militaires entre les deux pays.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a d’ailleurs affirmé que les navires visés transportaient des cargaisons militaires liées à l’Iran. Il a également accusé Moscou de transmettre à Téhéran des renseignements satellitaires destinés à soutenir ses opérations au Moyen-Orient.
À ce stade, aucun élément indépendant ne permet toutefois d’établir un lien entre le navire iranien évoqué par Téhéran et les bâtiments que Kiev affirme avoir frappés.
Jusqu’à présent, la mer Caspienne était considérée comme un espace relativement sûr pour les échanges entre la Russie, l’Iran, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan. Son entrée dans le conflit constituerait un changement stratégique majeur.
Une menace croissante pour les routes énergétiques mondiales
L’élargissement du conflit à plusieurs espaces maritimes majeurs renforce les inquiétudes autour des principaux corridors énergétiques mondiaux.
Le détroit d’Ormuz concentre près d’un cinquième du commerce mondial de pétrole. La mer Rouge est une artère essentielle reliant l’Asie à l’Europe via le canal de Suez. La mer Caspienne, quant à elle, joue un rôle de plus en plus important dans les échanges entre la Russie, l’Iran et l’Asie centrale.
En quelques semaines, le conflit a cessé d’être cantonné au Moyen-Orient. Il affecte désormais plusieurs des principales routes énergétiques de la planète. Même si les États-Unis ont suspendu leurs frappes directes contre l’Iran ce week-end, les affrontements continuent de s’étendre par l’intermédiaire de leurs alliés régionaux et ouvrent de nouveaux fronts dont les conséquences pourraient rapidement dépasser le seul cadre militaire.
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