La polémique autour de la hausse des prix de certains médicaments prend de l’ampleur en Tunisie. Après les explications avancées par les autorités sanitaires et la Pharmacie centrale, c’est au tour de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) de monter au créneau. La centrale syndicale dénonce des augmentations qu’elle juge « excessives » et « inédites », estimant qu’elles menacent directement le droit à l’accès aux soins.
Dans un communiqué publié par son département de la protection sociale et du secteur informel, l’UGTT affirme être « profondément préoccupée » par la décision d’augmenter les prix d’un nombre important de médicaments, qu’elle considère comme une atteinte au droit constitutionnel à la santé et un nouveau coup porté au pouvoir d’achat des Tunisiens, en particulier des travailleurs, des ménages modestes et des catégories les plus vulnérables.
Une dégradation continue du pouvoir d’achat
Selon le syndicat, ces hausses interviennent dans un contexte marqué par une dégradation continue du pouvoir d’achat et une crise sociale persistante. L’organisation estime que les ajustements tarifaires vont bien au-delà de simples révisions ponctuelles, affirmant que certaines spécialités pharmaceutiques auraient enregistré des augmentations dépassant 550 %.
Pour l’UGTT, cette évolution traduit une volonté de faire supporter aux citoyens le coût des difficultés financières que traversent les structures du secteur de la santé, notamment la Pharmacie centrale et la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), sans qu’une réforme globale du système ne soit engagée.
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Le syndicat s’inquiète particulièrement des conséquences pour les personnes les plus fragiles, notamment les travailleurs du secteur informel, qui ne bénéficient pas d’une couverture sociale, mais aussi les titulaires de cartes de soins gratuits ou à tarif réduit. Il souligne que ces catégories rencontrent déjà des difficultés pour accéder aux médicaments dans les établissements publics, confrontés à des tensions financières et à des ruptures d’approvisionnement.
L’UGTT rappelle que la santé ne peut être considérée comme une simple marchandise soumise aux règles du marché. Selon elle, le traitement des difficultés financières de la CNAM ou de la Pharmacie centrale ne doit pas se faire au détriment des patients, mais passer par une réforme en profondeur du financement, de la gouvernance et de la protection sociale, ainsi que par un renforcement du service public de santé.
« Décisions unilatérales »
La centrale syndicale appelle ainsi les autorités à revenir immédiatement sur ces augmentations, qu’elle qualifie de « décisions unilatérales », et à ouvrir un véritable dialogue social avec les partenaires concernés.
Elle réclame également l’accélération de l’intégration des travailleurs du secteur informel dans un système de couverture sociale et sanitaire, le renforcement des ressources de la CNAM, un soutien accru à la Pharmacie centrale afin de garantir la sécurité pharmaceutique du pays, ainsi qu’un développement de l’industrie pharmaceutique tunisienne, notamment la production locale de médicaments génériques, afin de réduire les coûts et la dépendance vis-à-vis des importations.
Cette prise de position intervient alors que le débat sur les prix des médicaments s’intensifie. Les autorités avaient assuré que les récentes révisions ne concernaient qu’un nombre limité de médicaments importés dont les tarifs n’avaient pas été actualisés depuis plusieurs années, évoquant des augmentations de quelques dinars seulement. L’UGTT conteste toutefois cette lecture et estime que les conséquences réelles des nouvelles grilles tarifaires seront bien plus importantes pour de nombreux patients.