L’Europe prépare une transformation énergétique sans précédent. Selon une analyse publiée par Reuters, le continent mise sur un programme d’investissement de plusieurs milliers de milliards d’euros afin de réduire ses coûts énergétiques, retrouver une compétitivité industrielle face à la Chine et aux États-Unis et sortir définitivement de sa dépendance aux énergies fossiles importées.
Cette nouvelle stratégie européenne constitue un enjeu direct pour la Tunisie, partenaire économique privilégié de l’Union européenne et pays disposant d’un potentiel important dans les énergies renouvelables.
Après le choc énergétique provoqué par la guerre en Ukraine en 2022, l’Europe a constaté les limites d’un modèle reposant largement sur le gaz russe. Les prix de l’électricité européens restent aujourd’hui environ 50 % supérieurs à ceux de la Chine et deux fois plus élevés que ceux des États-Unis, selon les données citées par Reuters.
Cette situation a lourdement affecté l’industrie européenne, notamment les secteurs de la chimie, de l’acier, de l’aluminium, des engrais et du ciment. Bruxelles considère désormais l’énergie non seulement comme une question climatique, mais comme un facteur de souveraineté économique.
L’objectif européen est de devenir un « continent électrique » en augmentant fortement la part des énergies renouvelables et en développant les infrastructures nécessaires : production solaire et éolienne, réseaux électriques, batteries, véhicules électriques et électrification de l’industrie.
La Commission européenne estime que cette transition nécessitera plus de 660 milliards d’euros d’investissements annuels jusqu’en 2040. En contrepartie, elle espère réduire la facture liée aux importations d’énergies fossiles, qui a atteint plusieurs centaines de milliards d’euros par an depuis la crise de 2022.
La Tunisie face à une opportunité stratégique
Pour la Tunisie, cette accélération européenne représente une opportunité à saisir. Le pays dispose d’un avantage géographique majeur : un fort potentiel solaire, une proximité avec le marché européen et une position de passerelle entre l’Afrique du Nord et l’Europe.
Le projet Elmed constitue l’un des principaux symboles de cette nouvelle coopération énergétique. Cette interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie prévoit la construction d’un câble sous-marin d’environ 200 kilomètres avec une capacité de 600 mégawatts. Il doit relier le réseau tunisien au réseau européen et faciliter les échanges d’électricité, notamment à partir des énergies renouvelables.
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Le projet est soutenu par l’Union européenne et plusieurs institutions financières internationales. L’initiative « Team Europe » prévoit notamment une mobilisation de 472,6 millions d’euros, dont 334,6 millions sous forme de subventions européennes, pour accompagner Elmed et son écosystème. Le coût global du projet est estimé autour de 850 millions à plus d’un milliard d’euros selon les estimations retenues.
Au-delà de l’interconnexion électrique, la Tunisie ambitionne également de se positionner sur le marché de l’hydrogène vert destiné à l’Europe. Plusieurs projets ont été annoncés avec des partenaires internationaux afin de produire de l’hydrogène à partir de l’énergie solaire et éolienne tunisienne.
Un défi : passer des annonces aux investissements
Mais cette opportunité impose aussi des exigences. La Tunisie doit accélérer le développement de ses capacités de production renouvelable, moderniser son réseau électrique et améliorer son cadre d’investissement.
Le pays reste confronté à une forte dépendance énergétique et à un déficit structurel. L’enjeu n’est donc pas uniquement d’exporter de l’électricité verte vers l’Europe, mais aussi de garantir sa propre sécurité énergétique et de réduire le coût de l’énergie pour ses entreprises.
La compétition régionale est également forte. Le Maroc, l’Égypte et d’autres pays méditerranéens cherchent eux aussi à attirer une partie des futurs investissements européens dans les énergies propres.
Le pari européen de mille milliards d’euros peut donc constituer une fenêtre historique pour la Tunisie. Mais pour en bénéficier, le pays devra transformer son potentiel naturel en projets industriels concrets.
Dans la nouvelle bataille mondiale de l’énergie, la question n’est plus seulement de disposer du soleil et du vent : elle est de savoir qui saura construire les infrastructures capables de les transformer en croissance économique.