La Tunisie dispose d’un potentiel d’exportation vers l’Afrique estimé à 2,28 milliards de dollars, réparti sur 36 pays. Des chiffres présentés cette semaine à Tunis lors d’une table ronde sur la diversification des exportations, et relayés par TAP. Présentés dans le cadre du projet « Qawafel », ces travaux s’appuient notamment sur les recherches de l’économiste Leïla Baghdadi sur le commerce intra-africain. Mais au-delà de leur ampleur, ils confirment surtout une réalité ancienne : ce potentiel est identifié depuis plusieurs années, sans se traduire par une présence tunisienne à la hauteur.
Un même diagnostic, six ans plus tard
Ce constat n’a rien de nouveau. Dès 2020, des travaux fondés sur l’outil Trade-DSM évoquaient déjà un potentiel comparable, autour de 2,2 milliards de dollars. Cette analyse a d’ailleurs fait l’objet de travaux académiques approfondis, confirmant la solidité scientifique de ces projections. Les secteurs alors mis en avant étaient déjà les mêmes : machines électriques, textile et habillement, agroalimentaire, pièces automobiles.
Un détail renforce cette continuité : la même chercheuse, déjà à l’origine de ces analyses, figure également parmi les références des travaux présentés en 2026. Les chiffres ont été actualisés, les marchés élargis, mais le cœur du diagnostic reste inchangé : plus de 95% des opportunités concernent des pays où la Tunisie est peu présente, voire absente.
Des opportunités connues, une exécution toujours fragile
Dans les faits, l’Afrique reste un débouché limité pour les exportations tunisiennes, largement orientées vers l’Europe. La géographie des opportunités confirme pourtant le potentiel : 53% en Afrique du Nord, avec des relais en Afrique de l’Ouest, de l’Est et centrale.
Les freins sont connus : coûts logistiques élevés, barrières commerciales, fragmentation des marchés, faiblesse des réseaux et de l’accompagnement. Mais au-delà de ces contraintes, une difficulté persiste : transformer des opportunités identifiées en stratégie d’expansion concrète.
Pendant ce temps, le Maroc et l’Égypte passent à l’offensive
La stagnation tunisienne contraste avec les stratégies déployées par ses voisins. Le Maroc, par exemple, a structuré sa présence autour d’un triptyque efficace : logistique, industrie et finance. Le hub de Tanger Med, combiné à l’expansion du groupe Attijariwafa bank, présent dans 26 pays dont une quinzaine sur le continent, sert de levier à l’internationalisation de ses entreprises avec un réseau de plus de 5 900 agences.
De son côté, l’Égypte a accéléré son ancrage continental. Ses exportations non pétrolières ont progressé de manière significative en 2025, portées notamment par le textile et l’agroalimentaire, avec une orientation assumée vers les marchés africains, en particulier ceux du COMESA.
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