Le phénomène de fuite des compétences continue de s’aggraver en Tunisie. Selon les dernières données, près de 46.000 ingénieurs ont quitté le pays au cours de la dernière décennie, révélant une hémorragie persistante de talents. Cette tendance, qui s’inscrit dans la durée, soulève de vives inquiétudes quant à l’avenir économique et technologique du pays.
Une hémorragie continue des compétences
Le départ massif des ingénieurs tunisiens confirme une dynamique déjà observée ces dernières années. Les estimations antérieures faisaient état de 39.000 à plus de 45.000 ingénieurs expatriés, avec un rythme moyen d’environ 20 départs par jour.
Avec un total désormais estimé à 46.000 sur dix ans, la tendance ne faiblit pas. Ce phénomène traduit une incapacité structurelle à retenir des profils hautement qualifiés, pourtant formés localement. Ce phénomène affecte directement des secteurs clés, notamment les technologies, l’industrie et l’ingénierie.
Selon le Président de l’Ordre des Ingénieurs Tunisiens (OIT), Mohsen Ghrissi, qui tire la sonnette d’alarme en appelant à la tenue urgente d’un Conseil des ministres consacré exclusivement à la migration des ingénieurs, sur les 105.000 ingénieurs inscrits à l’Ordre, pas moins de 46.000 ont choisi l’exil au cours des dix dernières années.
Salaires, conditions de travail et manque de perspectives
Les causes de cette fuite des cerveaux sont largement documentées. Les ingénieurs évoquent principalement des rémunérations jugées insuffisantes, des conditions de travail peu attractives, et un manque de perspectives professionnelles.
Dans certains cas, les écarts salariaux avec l’étranger sont considérables, rendant l’émigration particulièrement attractive. À cela s’ajoutent des obstacles liés à la bureaucratie et à un environnement parfois peu favorable à l’innovation.
Un coût économique et stratégique élevé
Au-delà de la perte humaine, cet exode représente un coût important pour l’État. La formation des ingénieurs mobilise des ressources considérables, estimées à plusieurs centaines de millions de dinars par an.
Cette fuite de capital humain affaiblit la capacité d’innovation, ralentit les projets structurants et accentue la dépendance à des expertises extérieures. À terme, elle risque de freiner la transformation économique du pays.
Chaque départ constitue ainsi une double perte : une fuite de compétences clés et un investissement public non valorisé localement.
Un enjeu majeur pour le développement
La fuite des cerveaux, définie comme l’émigration de travailleurs hautement qualifiés vers des pays offrant de meilleures opportunités, affecte particulièrement les économies en développement.
En Tunisie, la question devient centrale. Plusieurs acteurs alertent sur le risque de pénurie de compétences dans les années à venir, notamment pour la réalisation de grands projets d’infrastructure et de transformation économique.
Face à cette situation, les appels se multiplient pour améliorer les conditions de travail, valoriser les compétences locales et créer un environnement propice à l’innovation.