L’association Al Khatt comparaîtra le 11 mai 2026 devant le tribunal de première instance de Tunis, saisi d’une demande de dissolution introduite par la présidence du gouvernement. Cette procédure marque une nouvelle étape dans un différend opposant les autorités à cette organisation active dans les domaines des médias et de la société civile.
Fondée en décembre 2013 dans le cadre du décret-loi 88 relatif aux associations, Al Khatt a développé, au fil des années, plusieurs programmes orientés vers l’intérêt général. Parmi eux, le projet « Jreidti », consacré à l’éducation aux médias dans les maisons de jeunes, ainsi que des actions d’accompagnement d’associations régionales. L’organisation est également connue pour son implication dans le champ médiatique, notamment à travers la plateforme Inkyfada, spécialisée dans le journalisme d’investigation.
Une série de mesures
Dans un communiqué, l’association affirme faire face, depuis la fin de l’année 2023, à « une série de mesures qu’elle qualifie de pressions administratives, bancaires et judiciaires. Elle assure avoir respecté les procédures légales en fournissant les documents requis et en exerçant ses droits de recours ».
Al Khatt évoque notamment des blocages prolongés de financements, pourtant déclarés et soumis à des audits réguliers, ainsi que des retards dans les transferts bancaires pouvant atteindre plusieurs mois. Selon l’association, ces entraves auraient affecté son fonctionnement, entraînant des difficultés de trésorerie et des retards dans le versement des salaires.
Sur le plan administratif, l’organisation indique avoir répondu à une demande officielle de transmission de documents émanant de la présidence du gouvernement fin 2024. Elle rappelle également qu’une décision de suspension de ses activités pour une durée d’un mois avait été prise en octobre 2025, en lien avec une question de déclaration de financement étranger, décision qu’elle avait contestée en justice.
Investigations menées par une unité spécialisée dans les crimes financiers
Par ailleurs, une enquête portant sur ses financements internationaux est en cours depuis janvier 2026, dans le cadre d’investigations menées par une unité spécialisée dans les crimes financiers.
De son côté, la présidence du gouvernement n’a pas détaillé publiquement les motifs précis ayant conduit à la demande de dissolution.
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Au-delà de ce cas, l’association estime que ces développements s’inscrivent dans un contexte plus large de pression sur les acteurs de la société civile et les médias indépendants en Tunisie.
L’audience du 11 mai devrait constituer une étape décisive dans ce dossier, aux enjeux juridiques, alors que se pose la question de l’équilibre entre contrôle institutionnel et liberté d’action des associations.