Alors que la Tunisie traverse une période marquée par des coupures d’électricité répétées en raison de la forte pression exercée sur le réseau durant les pics de consommation estivaux, la question du stockage de l’énergie revient au centre des débats.
La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a récemment autorisé l’installation de batteries de stockage pour les systèmes photovoltaïques résidentiels raccordés au réseau basse tension. Cette décision permet désormais aux particuliers équipés de panneaux solaires de conserver une partie de l’électricité produite durant la journée afin de l’utiliser ultérieurement.
Jusqu’à présent, l’absence de cadre technique clair limitait l’intégration de ces solutions dans les installations photovoltaïques connectées au réseau. Cette évolution intervient dans un contexte marqué par une forte demande électrique liée notamment aux températures extrêmes et à l’utilisation massive des climatiseurs.
Une organisation alerte sur les limites du stockage individuel
Dans une publication diffusée sur Facebook, l’Organisation tunisienne des énergies propres a indiqué avoir participé à une séance d’audition au ministère de l’Industrie, de l’Énergie et des Mines, en présence notamment du ministre Salah Zouari, du secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique Wael Chouchane, du PDG de la STEG Fayçal Trifa et de responsables de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME).
L’organisation affirme avoir présenté une étude consacrée aux causes des coupures d’électricité ainsi qu’aux solutions envisageables à court et moyen terme pour réduire les risques de perturbations durant les prochaines saisons estivales.
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Selon elle, le système électrique actuel n’est pas encore suffisamment adapté pour intégrer massivement les solutions de stockage. Elle insiste notamment sur la nécessité d’accélérer le déploiement des compteurs intelligents afin de permettre une meilleure gestion de l’énergie stockée et une interaction efficace avec le réseau.
L’organisation a également exprimé des réserves concernant l’octroi de subventions publiques aux batteries de stockage, estimant que leur coût reste élevé et que leur impact sur la stabilité globale du réseau pourrait être limité dans les conditions actuelles.
La STEG mise aussi sur le stockage à grande échelle
L’autorisation des batteries pour les particuliers ne constitue pas la seule évolution dans ce domaine. La STEG travaille également sur des projets de stockage d’énergie par batteries à l’échelle du réseau électrique national.
La compagnie a lancé des projets de systèmes de stockage par batteries (BESS) destinés au réseau électrique, avec notamment un projet annoncé de plusieurs centaines de mégawatts et plusieurs centaines de mégawattheures de capacité de stockage.
Ces dispositifs industriels ont un objectif différent des batteries domestiques : ils doivent permettre d’améliorer la flexibilité du réseau, d’intégrer davantage les énergies renouvelables et de mieux gérer les périodes de forte demande.
Une solution parmi d’autres face aux coupures
L’autorisation des batteries résidentielles pourrait offrir une réponse partielle aux ménages disposant déjà d’installations photovoltaïques, en particulier pour réduire leur dépendance au réseau durant certaines périodes de coupure.
Mais les spécialistes soulignent que le stockage individuel ne peut pas, à lui seul, résoudre une crise électrique structurelle. La sécurisation de l’approvisionnement nécessite également le renforcement des capacités de production, la modernisation du réseau, l’amélioration de la gestion de la demande et l’accélération des investissements dans les énergies renouvelables.
La crise actuelle a ainsi relancé le débat sur le modèle énergétique tunisien : faut-il privilégier des solutions individuelles permettant aux consommateurs de gagner en autonomie, ou investir davantage dans des infrastructures collectives capables de répondre aux besoins de l’ensemble du pays ?
Dans ce contexte, les batteries apparaissent comme un outil supplémentaire, mais leur efficacité dépendra largement de leur intégration dans une stratégie énergétique globale.