Le niveau de revenu nécessaire pour assurer ce que certains qualifient de « vie digne » en Tunisie relance le débat sur le pouvoir d’achat et l’écart entre salaires et coût réel de la vie.
Dans une intervention médiatique, l’économiste et enseignant universitaire Ridha Chkandali a avancé qu’un citoyen tunisien aurait aujourd’hui besoin d’au moins 4200 dinars par mois pour couvrir ses besoins essentiels. D’autres estimations évoquées dans le même contexte portent ce seuil jusqu’à 5500 dinars. Ces chiffres interviennent dans un climat économique marqué par une inflation persistante et une pression continue sur les ménages.
Un décalage structurel entre revenus et coût de la vie
Selon l’économiste, cette estimation reflète un décalage structurel entre les revenus effectivement perçus et le coût de la vie. Il met en avant une inflation évaluée à 5,5% et des hausses liées notamment à l’énergie et aux coûts de production, qui continueraient de tirer les prix vers le haut. Dans cette lecture, la détérioration du pouvoir d’achat serait particulièrement visible sur les trois dernières années, avec une baisse estimée autour de 25% pour certaines catégories de revenus, notamment la classe moyenne.
Sur le plan de la méthode, ces ordres de grandeur doivent être interprétés comme des estimations de panier de consommation et non comme des seuils officiels établis par une institution statistique. En Tunisie, les références habituellement utilisées pour mesurer le coût de la vie reposent sur des indices de prix à la consommation publiés par les organismes publics, tandis que les « revenus de vie décente » relèvent souvent de travaux académiques ou de simulations économiques, dont les hypothèses peuvent varier fortement selon la composition du panier retenu, le type de ménage ou encore les zones géographiques.
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Le recours à des fourchettes aussi larges, de 4200 à 5500 dinars, illustre précisément cette variabilité méthodologique. Il souligne aussi un point de tension récurrent dans le débat public : l’écart entre les salaires moyens observés dans l’économie formelle et le niveau de revenu jugé nécessaire pour couvrir logement, alimentation, transport et services de base dans un contexte de hausse des prix.
Mesurer un désalignement global du pouvoir d’achat
Dans une lecture critique, ces chiffres permettent surtout de mesurer un désalignement global du pouvoir d’achat plutôt que de fixer un seuil universel. Ils alimentent ainsi une question centrale de politique économique : la capacité des salaires à suivre durablement le rythme de l’inflation et des coûts de production, dans un contexte où les marges d’ajustement budgétaire restent limitées.