Deux mois après le début de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, le constat militaire semble clair. Téhéran a subi des frappes lourdes, perdu plusieurs figures de son appareil de pouvoir et vu une partie de ses capacités dégradée. Sur le papier, l’Iran est affaibli.
Mais ce conflit révèle un paradoxe plus profond. Car l’Iran n’a peut-être pas gagné sur le terrain, mais il a démontré qu’il pouvait imposer un coût mondial à ses adversaires, en transformant le détroit d’Ormuz en levier stratégique.
Avant la guerre, près de 3 000 navires transitaient chaque mois par ce passage vital, par lequel circule environ un cinquième du pétrole mondial. Depuis le début des tensions, le trafic a été fortement perturbé, provoquant une hausse des prix du brut et un retour de l’essence au-dessus de 4 dollars le gallon aux États-Unis.
Pour Donald Trump, la situation devient politiquement délicate. Sa popularité est tombée à 34 % selon Reuters/Ipsos, et 61 % des Américains jugent l’intervention contre l’Iran comme une erreur. Une guerre annoncée comme rapide s’installe dans la durée.
L’arme du détroit
Le véritable levier de Téhéran est désormais économique. En perturbant le trafic maritime, l’Iran a montré qu’il pouvait affecter directement l’économie mondiale, même en position de faiblesse.
Comme le résume un expert du Center for Strategic and International Studies, Jon Alterman, « l’Iran a compris qu’il pouvait fermer le détroit à volonté — une capacité qui le rend, paradoxalement, plus fort qu’avant la guerre ».
Washington tente de reprendre l’initiative. Les États-Unis menacent de sanctions les compagnies qui paieraient des frais à l’Iran pour transiter, tout en étudiant plusieurs options : prolonger le blocus naval, mener des frappes limitées pour rouvrir le détroit, ou chercher une sortie politique.
Mais aucune solution ne s’impose. La dernière proposition iranienne a été rejetée par Donald Trump, tandis que Téhéran affirme se préparer à une reprise des hostilités.
Une impasse stratégique
Le conflit déborde désormais sur les alliances. Washington a annoncé le retrait de 5 000 soldats américains d’Allemagne dans les prochains mois, sur fond de tensions avec Berlin après les critiques du chancelier Friedrich Merz.
Sur le fond, les objectifs américains restent incomplets : la question nucléaire demeure ouverte et les réseaux régionaux de l’Iran ne sont pas neutralisés.
Téhéran, lui, joue la durée. En maintenant la pression sur le détroit, il mise sur l’usure politique américaine, à l’approche des élections de mi-mandat.
Face à l’étranglement économique, Téhéran cherche aussi une issue par le nord. Le 27 avril, Poutine recevait le chef de la diplomatie iranienne à Saint-Pétersbourg, promettant de faire « tout » pour aider l’Iran. Mais la Russie ne peut pas remplacer Ormuz : près de 90 % du commerce extérieur iranien transite par le Golfe, et le corridor terrestre nord-sud censé relier les deux pays reste inachevé jusqu’en 2027 au moins. Moscou peut amortir le choc — pas le résorber.
Le scénario qui se dessine est celui d’un conflit gelé : ni victoire claire, ni paix réelle, mais une tension durable aux conséquences économiques mondiales.
L’Iran n’a pas gagné la guerre au sens militaire. Mais il a démontré qu’il pouvait la rendre longue, coûteuse et instable. Et parfois, dans les conflits modernes, cela suffit.
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