La publication des augmentations salariales au Journal officiel de la République tunisienne met fin au flou. Cette fois, les montants sont connus. Mais entre les chiffres officiels et ce que les salariés percevront réellement, l’écart reste important.
Dans la fonction publique et les entreprises publiques, les augmentations sont désormais clairement fixées par catégorie. Les agents d’exécution bénéficieront d’une hausse d’environ 90 dinars par mois, les agents de maîtrise entre 100 et 105 dinars, et les cadres autour de 120 dinars mensuels. Ces montants seront versés progressivement sur trois ans, entre 2026 et 2028.
Des montants bruts
Mais ces chiffres sont des montants bruts. Une fois les cotisations sociales et l’impôt appliqués, le gain réel est plus faible.
Pour les agents d’exécution, qui sont faiblement imposés, une augmentation de 90 dinars brut devrait donner environ 70 à 80 dinars nets. La retenue reste limitée, car ces profils sont souvent dans les premières tranches fiscales.
Pour les agents de maîtrise, avec une hausse de 100 à 105 dinars brut, le gain réel se situe généralement entre 75 et 90 dinars nets. À ce niveau de revenu, l’impôt commence à peser davantage, ce qui réduit la hausse effective.
Les 120 dinars annoncés ne seront pas intégralement perçus
Pour les cadres, les 120 dinars annoncés ne seront pas intégralement perçus. Après déductions, le gain réel tourne autour de 80 à 95 dinars nets. Plus le salaire est élevé, plus l’impact fiscal est important.
Dans le secteur privé, la logique est différente. L’augmentation est fixée à 5 % des salaires de base et des indemnités. Cela signifie que le gain dépend directement du salaire actuel. Concrètement, un salarié payé 1 000 dinars verra son salaire augmenter d’environ 50 dinars brut, soit un gain net proche de 35 à 40 dinars. Pour un salaire de 1 500 dinars, l’augmentation brute atteint 75 dinars, mais le gain réel descend autour de 50 à 60 dinars après déductions.
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Le salaire minimum a également été revu à la hausse. En 2026, le SMIG passe à 554,736 dinars pour 48 heures par semaine, contre un niveau plus bas auparavant. Là encore, le gain réel reste modéré une fois les retenues appliquées.
Les cotisations sociales sont automatiquement prélevées
Deux éléments expliquent cet écart entre brut et net. D’un côté, les cotisations sociales sont automatiquement prélevées sur toute augmentation. De l’autre, une hausse de salaire peut faire entrer une partie du revenu dans une tranche d’imposition plus élevée, augmentant ainsi l’impôt global.
Au final, les augmentations sont bien réelles et désormais officielles. Mais dans les faits, un salarié tunisien ne percevra généralement que 70 à 80 % du montant annoncé. Dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie, ces hausses permettront surtout de limiter la perte de pouvoir d’achat plutôt que de l’améliorer nettement.