En quelques jours, deux informations relancent le débat sur la présence de requins dans les eaux tunisiennes : la diffusion d’une vidéo inédite montrant un grand requin blanc filmé sous l’eau entre la Sicile et la Tunisie, et un communiqué de l’association TunSea signalant plusieurs observations de requins bleus près des côtes tunisiennes. Si ces images impressionnent à l’approche de l’été, les spécialistes rappellent que la présence de requins en Tunisie n’a rien d’inédit.
Une vidéo rare entre la Sicile et la Tunisie
La séquence, tournée en mai dernier par le plongeur Derk Remmers lors d’une mission de retrait de filets fantômes menée par Healthy Seas, Ghost Diving et la SDSS dans le détroit de Sicile, montre un grand requin blanc adulte évoluant à environ 40 mètres de profondeur, entre la Sicile et la Tunisie.
Selon les organisateurs de l’expédition, il s’agirait de la première séquence sous-marine jamais filmée par des plongeurs d’un grand blanc adulte dans son habitat naturel en Méditerranée. L’espèce est aujourd’hui considérée comme en danger critique d’extinction dans la région.
Les images, partagées en exclusivité avec Euronews par Healthy Seas, Ghost Diving et la SDSS, ont depuis été largement relayées par plusieurs médias internationaux, dont BFMTV. (Vidéo en bas de page)
Sfax et Gammarth, déjà des précédents en 2025
La vidéo diffusée cette semaine n’est pas la première apparition d’un grand requin blanc dans la région. En janvier 2025, un spécimen d’environ cinq mètres avait été filmé par des pêcheurs au large de Maharès (Sfax), provoquant une vague d’inquiétude sur les réseaux sociaux. Deux mois plus tard, en mars 2025, un autre grand requin blanc de taille similaire avait été observé au large de Gammarth, en train de se nourrir de la carcasse d’un dauphin.
Dans ces deux cas, les observations avaient eu lieu en surface, depuis une embarcation ou via une vidéo amateur. La séquence tournée entre la Sicile et la Tunisie se distingue donc par son caractère sous-marin, une première pour un grand requin blanc adulte filmé dans son habitat naturel en Méditerranée.
Lire aussi:
Des requins bleus signalés près des côtes tunisiennes
Parallèlement, l’association TunSea pour la science participative a annoncé avoir enregistré plusieurs observations récentes de requins bleus (Prionace glauca) à proximité de certaines côtes tunisiennes.
L’association précise que cette espèce vit habituellement en haute mer et que son rapprochement du littoral pourrait s’expliquer par la hausse de la température de l’eau, la disponibilité des proies ou des déplacements saisonniers, éventuellement liés à une période de reproduction dans certaines zones méditerranéennes.
Les requins sont-ils vraiment rares en Tunisie ?
Contrairement à une idée reçue, la Tunisie n’est pas étrangère aux requins : près de 40 espèces fréquentent ses eaux.
En janvier 2025, un requin blanc de cinq mètres, photographié et filmé par des pêcheurs au large de Maharès (Sfax), avait déjà fait le tour des réseaux sociaux. Quelques années plus tôt, en février 2022, un spécimen de même taille, pesant environ 800 kg, avait été capturé dans un filet à crabes au large de Djerba.
Cette présence n’étonne pas les spécialistes. En 2023, le biologiste marin Ramzi Sghaïer expliquait que les eaux tunisiennes comptaient parmi les plus riches de Méditerranée en matière de diversité de requins, avec près de 40 espèces recensées.
Ces observations rappellent que les grands requins sont bien présents dans les eaux tunisiennes, même s’ils restent rarement visibles pour le grand public.
Lire aussi: 40 espèces de requins dans les eaux tunisiennes : les baigneurs doivent-ils se méfier ?
Faut-il s’inquiéter avant l’été ?
Pour les spécialistes, il n’y a pas lieu de céder à la panique.
TunSea rappelle qu’aucun incident impliquant un requin bleu et un être humain n’a jamais été recensé en Méditerranée, et que ces animaux évitent généralement les zones très fréquentées.
En cas d’observation, l’association recommande de garder son calme, de ne pas s’approcher, de ne pas poursuivre l’animal ni le filmer de trop près, et de signaler sa présence aux autorités compétentes ou à TunSea.
Au-delà de l’émotion suscitée par certaines images spectaculaires, ces observations rappellent surtout que les requins font partie de la biodiversité marine tunisienne et qu’ils évoluent dans les eaux du pays depuis toujours, le plus souvent loin des zones de baignade.